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1:arrivée

2:Zarzis

3:Zarzis (2)

4:Jerba

5:Matmata

6:Tataouine

7:Jerba (2)

8:Zarzis (3)

9:Tunis

10:Sidi Bou/Carthage

11:Medina

12:El Menzah/Mutu

13:Le Bardo

14:Belvédère

15:Remarques

16:souvenirs

Matmata, Medenine

et la région

 

13 juillet. Nous partons tôt le matin pour éviter la chaleur, bien que la voiture ait la climatisation. C'est l'aube et il y a de la rosée sur le pare-brise de la voiture louée. Je n'imaginais pas voir la rosée en été en Tunisie alors qu'il fait si chaud et sec. Le soleil se lève. C'est l'occasion de prendre des photos. Des pêcheurs partent en mer.

       

Ritri di permi
Mon premier réflexe est de vouloir montrer Matmata à Agnès et enfants, c'est le village le plus particulier de toute la région. Sur la route, ça commence mal. Un peu avant Medenine, sur la route qui vient de Zarzis, je me fais arrêter par la police à la sortie d'un village. Les autres automobilistes avait compris qu'il y avait un contrôle et roulaient tous au pas, à 30 km/h. J'ai cru qu'une voiture bloquait et j'ai fait comme les Tunisiens font quand il n'y a pas de policier : doublé sans tenir compte de la ligne blanche continue. 

au bord de la route devant les oliviers         

Le policier me salue en arabe : sabah el kheïr . Je réponds « bonjour ». Il insiste alors : « Sabah El kheïr ». Bon ok, eh bien « sabah el Kheïr » (Ce n’est pas écrit sur la voiture qu’elle est louée). Tout de suite les grandes menaces : « retrait de permis » (en français dans la conversation en arabe). Agnès est dégoûtée, elle est persuadée que le voyage s'arrête là. Mais, moi, je n'y crois pas à ce retrait de permis, pas en Tunisie. Je demande des explications au policier, où je pourrais récupérer mon permis, etc. 

Le policier d'un air dédaigneux : "chnou wa wen ? Fil tribounal !!". Je lui explique ma situation, et petit à petit j’en viens à « raconter ma vie ». Quand le policier apprend que j’ai un père Syrien, son air sérieux se transforme en sourire. J’ai l’impression d’avoir dit "Sésame ouvre-toi". Il me rend les papiers et me dit de filer. Le collègue rapplique : "qu'est-ce qui se passe?". Le premier dit au second un seul mot, en me montrant d'un mouvement du menton : "Souri" (Syrien). L'autre policier sourit (ce jeu de mot est un pure coïncidence) lui aussi et dit "ah ! Souri". Je les salue avec un Allah maakum et redémarre. Quand mon père se faisait arrêter en Tunisie, 25 ans, c’était pareil. Après une discussion, on le laissait partir sans amende. La seule chose que je me demande encore, c'est ce qu'a compris le deuxième policer car en dialecte tunisien "souri" veut dire "étranger".

Matamata

Matmata

Arrivée à Matmata vers 9h. Il n’y a encore personne. Première déception par rapport à ma première visite de Matmata en 1976 : il y a maintenant des maisons normales un peu partout, ce qui change l'aspect global du village. Il y a 25 ans il n’y avait quasiment que les maisons troglodytes, et si s'éloignait ne serait-ce que de 500 mètres, on ne soupçonnait pas qu’il y ait un village à cet endroit. Autre petite déception : la visite guidée (par le guide de l'office de tourisme, pour 10 dinars) est bien faite mais il faut laisser 2 dinars à la Dame de la maison qu’on visite, ainsi que 2 dinars à la gardienne de la maison-musée, qu’elle prend avec un air blasé. C’est devenu trop touristique. A part ça Matmata reste toujours aussi intéressante.

Matmata

Matmata

Notre guide est plutôt âgé et peu causant. Il se contente de nous faire visiter et nous donne les explications minimales. Dans un des « trous », il reste des décors du film Star Wars. Ils ne les ont jamais retirés. Cette maison est un hôtel en fait. De retour à l’office de tourisme on rencontre l’autre guide, plus jeune, qui lui, discute volontiers. Il nous explique un certain nombre de chose et surtout il donne aux enfants une rose des sables de la taille d’un melon. Ce jour là il faisait 40 degrés à l’ombre (32 à Jerba) et la semaine d’avant c’était monté à 50 (40 à Jerba au même moment). 

Matmata

rose des sables

le guide plus jeune nous explique qu’il fait parfois froid en hiver car nous sommes à 700 mètres d’altitude environ et qu’il avait neigé une fois, en 1976. Je lui dis que je me souviens avoir vu ça à la télévision. C’était bien Matmata, j'en suis sûr et certain. Mon père nous avait appelé pour voir les images du journal télévisé. On voyait des enfants courir entre des oliviers et le sol se couvrir de flaques blanches. Je me souviens que c’était quelques années avant l’hiver où il avait neigé à Tunis (février 1981). 

Un peu après notre retour à l’office, 2 voitures immatriculées en France, avec des touristes français. Pas des Tunisiens de France. Ils ont sans doute pris le bateau avec les voitures. Plus tard on croisera des Français en 4X4 sur la piste Matmata-Toujane. 
On prend un « brunch » chez Addoul. Très sympa. Pastèques offertes. La rose des sables sur la photo, bien qu'aussi grosse qu'un sac à dos chargé, n'a rien exceptionnel. On trouve parfois des rochers entiers. 

 

Tamerzet         

Tamerzet

Tamezret
A 10 Km de Matmata, en allant vers Douz, se trouve le village de Tamerzet. Pas de maisons troglodytes mais des murs en pierre sèche couleur ocre. Le village semble désert. A un moment on entend des voix dans une des maisons. On ne croise presque personne. Les hommes travaillent « en ville » (Matmata nouvelle ville ? Gabès ?). Quelques rues sont en escalier. Très joliment pavées. On dirait que le ministère du tourisme a subventionné. En haut du village un restaurant terrasse, mais il est fermé. Il est midi. 39° à l’ombre. Personne nulle part.

Tout en haut de Tamerzet

La piste de Matmata à Toujane
Retour à Matmata pour rejoindre Medenine en passant par Toujane. Le guide à Matmata nous a assuré que la route est praticable et que les tronçons asphaltés étaient majoritaires. Mais finalement j’ai l’impression qu’il y a plus de piste que d’asphalte. 

sur la piste entre Matmata et Toujane. La route devrait être asphaltée à l'heure qu'il est.        

 

     Toujane    

Les différents types de revêtement alternent : gravier tassé par les passages des véhicules (Ok), piste dure petits caillous (ok), piste avec gros caillous et trous (pas ok, 10 km/h de moyenne), sable ( obligé de rouler à plus de 20 km/h sans s’arrêter sous peine de rester coincé), et parfois des tronçons asphaltés. En fait la route est en construction.  Heureusement la distance est courte. Mais bon on aura eu notre rallye dans le sud tunisien. Sur la route, nous croisons une voiture avec des touristes français. On s’arrête pour nous informer mutuellement de l’état de la piste. Mais le fait de nous croiser indique que le trajet est faisable et que nous allons arriver à bon port.

Toujane Toujane
Peu avant Toujane, il y a sur la route à flanc de montagne un endroit où le panorama est intéressant. Au fond du ravin une vallée encaissée, presque une gorge. Avec au fond un lit de oued, asséché en cette période de l'année évidemment. Sur le flanc de la montagne, au loin, sur la droite, le gros village de Toujane. J'ai franchement l'impression d'avoir vu ce paysage il y a 22 ans. Comme c'est un endroit où les touristes s'arrêtent pour prendre des photos, un homme a installé une petite buvette. « Pause-thé » est écrit sur la caisse en bois qui sert de comptoir. 

De plus, il a creusé une grande niche dans la falaise, et sculpté un banc, sur lequel sont posés des petits tapis. On peut donc consommer assis là, dans le silence ( 1 voiture toutes les ½ heures ?), et admirer la vue. Nous discutons, je « raconte ma vie ». Il est sympathique, agréable, il ne demande pas grand chose. Je veux lui laisser 2 dinars pour les quelques verres de thé. Il dit que c'est beaucoup trop, mais il finit par les prendre.

en arrivant sur Toujane

       

 

         moulin pour écraser les olives

A Toujane il y a un écriteau qui invite à visiter un ancien moulin qui servait à écraser les olives. Une pièce avec une meule actionnée par un âne. Il y a les jarres, les différentes pièces pour entreposer l'huile. Les enfants reconstituent les mouvements circulaires de l'âne (depuis longtemps à la retraite) en courant et en riant autour de la meule. C'est le gars de la boutique de tapis d'à côté qui nous fait visiter. Il nous donne les explications (plutôt complètes). Gratuite, la visite, son intérêt étant de nous vendre des tapis. 

 

Il y a un mariage en ce moment. Je ne dois pas dire « aujourd’hui » car ça se passe sur plusieurs jours. 

Aujourd’hui la future mariée est encore dans la maison de ses parents et elle reçoit les visites, à côté de sa mère. La cour de la maison est remplie de femmes et enfants. 
Il y a quelques hommes. Les visiteurs restent un moment puis s’en vont. Les femmes qui restent assises sont à priori des membres de la famille. De temps à autre, une femme lance des you-you et quelques autres suivent. Parfois elle se mettent à chanter en battant des mains. L’une d’entre elles joue de la Darbouka.

Tout le monde nous dévisage mais avec le sourire. Ils sont contents de nous voir et en même temps intrigués. A cet instant, nous les sommes les seuls touristes dans Toujane. On nous propose à manger et à boire. Certains mets nous sont complètement inconnus. Même avec mes dix ans de Tunisie, cette région de montagne peuplées de Berbères ne m’est pas familière. On nous fait goûter à une sorte de pâte mélangée à des épices mais nous avons beaucoup de mal à la manger tant le goût nous est bizarre. Notre « guide » assis près de nous, enfant du pays, finit par nous avouer qu’il déteste ça. Mais j’en mange un peu pour leur faire plaisir. Puis il faut goûter aux morceaux d’agneau du couscous.

Le problème est qu’on n’a pas faim du tout car il est trois heures et on eu ce brunch à Matmata vers 11 heures. Puis des sandwiches tout à l’heure je crois si mes souvenirs sont exacts. Il n’y a que Nicolas qui a très peu mangé aujourd’hui qui enfourne les morceaux les morceaux de viandes jusqu’à en avoir les joues gonflées. Et ça, ça fait plaisirs aux femmes qui ont cuisiné.
Une femme âgée noire (descendante d’esclave) me houspille et me taquine en me demandant de l’argent. C’est elle qui organise le mariage. Notre guide nous explique que c’est la coutume ici que ce soit une femme noire qui s’acquitte de cette tâche. Les hommes en visite doivent donc lui donner quelques pièces pour ces services. Je dis à la dame de patienter, qu’elle les aura ses pièces. Elle continue de demander. Un petit jeu s’installe, elle se donne un rôle de bouffonne cupide, histoire de faire rire l’assemblée. Ses gesticulations et expressions du visage rappellent plus les Africains noirs en général que les Tunisiennes, alors qu'elle est tunisienne comme les autres. Est-ce qu'une impression ? 

A côté de nous trois filles âgées de 5 à 8 ans ont leurs grands yeux verts rivés sur Sébastien. C’est donc ça un petit français ? Elles ont les cheveux blonds. Le genre blond d’enfant, c’est-à-dire qu’elles seront châtain ou brunes adultes. Un petit garçon de 4 ans fait son apparition. Il est costaud et ses cheveux blonds sont coupés très courts. Il me fait penser à un GI américain en miniature. Ces enfants contrastent avec la peau très noire de la marieuse. Pourtant ils sont tous du même village. 
Au bout d’un moment, on nous invite à pénétrer dans une des pièces. La mariée est assise là, à côté de sa mère. Elle a un voile devant le visage mais elle le retire, même quand on prend des photos. Pour une des photos, elle le remet. Photos avec et photos sans, comme si elle voulait qu’on emporte avec nous un document de « comment ça se passe ». 
Des bagues à chaque doigt pratiquement, des gros colliers en or, couronne en or, etc. 

       

         

La mère de la mariée ne ressemble pas à une arabe. Elle a un petit nez et des lèvres fines, le visage anguleux. Elle pourrait être française. 
Une des filles dessine des motifs sur les mains d’Agnès. Ce n’est pas du héné. C’est noir (du kohol ?)
Il faut laisser un petit cadeau mais nous n’avons rien à proposer. Nous laissons donc 5 dinars. 
Je donne enfin ses 2 dinars à la marieuse. Le petit jeu prend fin. 
Je pensais que dans les mariages musulmans les femmes et les hommes étaient séparés. Alors pourquoi ici il y a des hommes parmi des femmes ? Et en plus un homme étranger, supposé chrétien, et qui peut voir le visage de la future mariée ? 
Est-ce que parce que les traditions se perdent ? Ou parce qu’ici c’est la campagne ? Ou parce qu’on est chez les Berbères ? Ou parce que ce n’est pas le jour de la cérémonie proprement dit ?

 

Le berbère
Le "guide
" nous explique, en français, que seuls les vieux parlent berbère entre eux mais que les jeunes parlent arabe. Lui-même sait mieux l’arabe. Je conclus que le berbère deviendra une langue morte. Il est d’accord avec ça en ce qui concerne Toujane mais Il m’explique qu’à Tamerzet les jeunes parlent encore Berbère. En Tunisie il n’y a guère plus que dans cette région montagneuse entre Matmata et Tataouine où on parle encore Berbère, ainsi qu’à Jerba. Un vendeur de poterie à Guellala nous avait expliqué que sa mère lui avait appris le Berbère et que c’est seulement autour de Guellala qu’on parle un dialecte berbère sur l’île.

 

Les tapis
Nous sommes de retour en bas, sur le bord de la route principale de Toujane, dans la boutique de tapis de notre guide. On lui prend finalement deux kilims. Kilim est le mot turc ou du moins celui utilisé en Turquie. Je ne sais pas comment on appelle ce genre de tapis en Tunisie. Même le vendeur dit kilim car c’est devenu le terme international que tous les touristes emploient, que ce soit à Istamboul, Marrakech ou Le Caire. Le vendeur nous assure qu’il nous a annoncé un vrai prix et qu’il n’y a pas à marchander. Qu’à Tunis c’est trois fois plus cher. 60 dinars le tapis, 300 F, 45 euros, 60 dollars canadiens. Ce n’est pas cher finalement comparé au temps passé. Quelques jours plus tard, à Tunis, un marchand du souk nous assurera que c’était un bon prix que lui ne peut absolument pas pratiquer. 
         

Tapis acheté à Toujane

       Le Ksar de Métameur et ses ghorfas

les ghorfas à Metameur
A partir de Toujane, en direction de Medenine, c’est de nouveau de la vraie route asphaltée.
Quelques kilomètres avant Medenine il y a la petite ville de Métameur. Je ne m’attendais pas trouver grand chose dans cette ville et j’en suis donc d’autant plus agréablement surpris. Un grand ksar regroupent les ghorfas du village. Le ksar est en partie restauré. 

A peine sorti de la voiture, un « vendeur-guide » nous propose ses services. Bonjour, français ? Français oui mais n’ahki arbi . Un gamin veut nous entraîner vers la planche sur tréteaux où il a déposé des « souvenirs » à vendre.

Je lui explique la situation en tunisien, sur un ton sincère et convaincant : il nous reste plus que 500 millimes, en tunisien. Le guide-vendeur en entendant cela interrompt d’un seul coup sa petite conversation avec nous et s’en va. A partir de ce moment plus personne nous propose services ou souvenirs. Un homme de soixante ans environ est dans le ksar. Je ne sais pas au juste quelle fonction il occupe. Je constate qu’une partie du ksar est restaurée. Un restaurant ? Toujours est-il que le gars est très causant et plutôt sympa. Il n’ a pas l’air de vouloir nous vendre quelquechose. Il nous offre le thé. Je vais avec lui cueillir quelques brins dans le massif de menthe.

3 étages de ghorfas       

       le parterre de mentheon regarde les photos sur l'appareil numérique

Comme avec tous les autres je « raconte ma vie ». Il me dit que « Banque arabe » ça lui dit quelque chose. Il sait que l’agence est sur la rue El-Jazira car il a vécu en temps à Tunis. Mais il ne connaît pas mon père. Ils sont de la même génération. L’homme n’arrête pas de discuter, de philosopher. Et toujours cette admiration pour les Syriens. La conversation se fait en français, à ce niveau là, je ne suis pas capable de suivre en arabe.


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