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Zarzis (suite)

1:arrivée

2:Zarzis

3:Zarzis

4:Jerba

5:Matmata

6:Tataouine

7:Jerba

8:Zarzis

9:Tunis

10:Sidi Bou/Carthage

11:Medina

12:El Menzah/Mutu

13:Le Bardo

14:Belvédère

15:Divers

16:souvenirs

Au Sangho
7 juillet. Les hôtels comme le Sangho ne sont en principe pas ouvert au public. Mais nous avons l’air d’une famille européenne, et le vigile à l’entrée ne nous demande rien. Agnès voudrait qu’on file discrètement directement à la plage mais je préfère signaler notre présence à la réception. La jeune réceptionniste nous explique que le « club » est normalement réservé aux résidents mais elle nous envoie son chef. Agnès pense déjà que nous serons gentiment reconduit à la porte. Mais je connais trop bien la chanson. J’explique que nous sommes venus prendre le repas du midi (et implicitement passer la journée). Nous sommes les bienvenus (il a bien compris que nous venions dépenser quelques dizaines de dinars). 
Les enfants sont enchantés. Excellent buffet le midi. La piscine, la plage nettoyée. Location de canoë. Et le petit zoo (pigeons, paons, lapins, chèvres). 
Beaucoup de Tunisiens réalisent que je ne suis pas un touriste typique : Français vivant en Tunisie ? Arabo-quelquechose ? Je me demande à quoi il voit ça. La manière de regarder autour de moi ? Mes réactions ? 
D’autre part quand ils entendent que je prononce correctement en arabe les deux types de H, le R roulé et le « gh », et le « aïn », ils se demandent de quel pays arabe je viens. Un des employés sur la plage, qui s'occupe des chevaux, me demande si je suis masri (égyptien).
Au buffet c’est le jour des spécialités tunisiennes. Le maître d’Hôtel nous place à une place un peu à l’écart, avec les autres « externes ». A la table d’à côté des externes comme nous. Inutile de regarder leurs têtes et de les écouter parler pour constater qu’ils sont tunisiens. Un coup d’œil à leur assiette suffit : les morceaux de ragoût baignent dans une quantité importante de sauce à la Mloukhia . Je n’ai jamais vu un non-Tunisien manger cette sauce à la couleur verte.
Je m’en sers un peu pour vérifier que je n’aime toujours pas. Je crois qu’il faut être né en Tunisie pour aimer. Je suis né au Maroc, je préfère la semoule de couscous avec du sucre et de la cannelle. 
Sébastien découvre les bricks et il apprécie. Il en prendra tout le long du séjour.

 

 

 

Les ordures ménagères à El Ogla
A El Ogla, on met les ordures dans un sac plastique qu’on jette dans une poubelle publique sur le bord du chemin. Ces poubelles ne sont d’autres que des barils coupé à mi-hauteur. Mais non fermées, à la merci d’éventuels animaux. Je me souviens des chats errants à El-Menzah. Mais je suis étonné que de ne voir aucun chat de gouttière ni de chiens errants. Il y a quelques chiens, mais dans les maisons. Un tracteur tirant une remorque passe tous les jours. 

Dîner à la bédouine
Un soir nous avons dîné chez Bouneuf sous la tente bédouine. Couscous au poisson. C’était très sympa. Les enfants étaient enchantés. L’autre soir il y avait un jeune couple tunisien. Comme quoi il n’y a pas que les touristes qui apprécient.

La musique
On entend partout de la musique. A 90% de la musique arabe. Mais moderne, avec des boîtes à rythme électronique. Sauf que ce n’est pas fait exprès pour faire « World Music » pour la maison de disques de Peter Gabriel mais juste parce que la batterie électronique pré-programmée, c’est plus pratique. 

 

Le grand marché du mercredi à Zarzis
9 juillet. Le Mercredi c’est un des jours du grand marché à Zarzis, où on vend presque de tout : vêtements, tissus, chaussures, aliments, animaux vivants, articles de ménage, électro-ménager, disques et cassettes, jouets. Et parmi tous ce grand bazar, beaucoup de produits artisanaux, notamment pour touristes. La clientèle est donc mélangée. Et il y a beaucoup de monde. Rébia nous y emmène en voiture. 

Les voitures, les mobylettes, les bicyclettes, les triporteurs, ont du mal à se frayer un passage dans la foule des piétions. Un garçon pousse une remorque de mobylette remplie de têtes de mouton ensanglantées, suivie d’un nuage de mouches. On voit pas mal de 404 bâchée, qui reste encore le véhicule emblématique de la campagne tunisienne.  

Nous achetons des babioles. Même en marchandant longtemps, en faisant mine de partir sans acheter, en jouant le grand jeu du marchandage, on paye quand même un prix normal, et non pas un prix cassé. Exemple : Sébastien a repéré un chameau magique en poterie. Le modèle élaboré, en céramique. Le chameau de base vaut 2 dinars. Celui-là doit valoir 4 ou 5 dinars à mon avis. Mais je l'aurai pour 7 dinars. Pourtant, avant la transaction, je m’adresse au vendeur en arabe, et lui fait part de mon passé tunisien. 

Il m’emmène à l’intérieur de la boutique et me confie tout bas, à l’abri des oreilles de touristes, que le prix pour moi parce que je suis arabe c’est 12 dinars. Hada Sum Tounsi . Mais ce n'est pas vrai. Est-ce qu’on peut appeler ça du mensonge, ou de l’arnaque ? Pas vraiment, c’est du commerce. Mais il sait que je sais. 

Que je sais que ce n'est pas exactement la vérité et il sait que je suis prêt à donner payer un peu plus que le "prix tunisien". On se comprend, sans le dire.  Nsous continuons notre marché. Chez les autres vendeur,  c’est la même chose. Les premiers prix annoncés sont surréalistes. Et ils varient considérablement d’un client à l’autre. On voit un coffret en bois multi-jeux (échecs, domino, etc). Il n’est pas très beau. Mal fini. Le vendeur nous annonce 50, puis 40 dinars mais baisse rapidement à 25. Des touristes allemands passent, "Für Sie, meine Freunde das ist 85 dinars". 

On se demande presque si ce n'est pas parce qu'il n'a envie de vendre à des Allemands aujourd'hui.  Un peu loin on trouve le même genre de coffret mais cette fois bien fait, vernis. Le vendeur du premier coffret est là comme par hasard.  « Tu veux savoir le prix ? », « oui », « Le vrai prix ou le prix à marchander ? »

Je lui demande « Le prix à marchander », histoire de rigoler. Il me lance, au pif, 130 dinars. Mais le vendeur de l’objet arrive et le premier s’éclipse. Je dis au marchand : « Il est fou l’autre il me dit que ça vaut 100 dinars ! ». « Bien-sûr il est fou mon ami je vais te dire le vrai prix, pour toi mon ami, le prix pour les Français, pas les Américains et les Allemands , C’est du vrai bois d’olivier premier choix » (les autres ne font que du 2e choix, s’entend). « Pour toi 75 dinars ». 

Je lui répond je paye 20 dinars, « à prendre ou à laisser » (il faut bluffer aussi). Il refuse mais n’abandonne pas la transaction. Je prends deux chameaux sculptés pour les enfants, le genre à 3 dinars pièce, et je lui annonce accepter payer 25 dinars le tout. Entre temps Rébia est revenu, pour nous ramener. Il gare la voiture et vient me donner un coup de main pour la transaction. Voyant que la donne a changé, le vendeur dit à Rébia « parce que tu es là, je fais le lot à 40 dinars ». Evidemment je comprends leur conversation en arabe. Rébia lui répond c’est pas des touristes, ce sont mes hôtes et c’est à moi que tu vends ça, pas à eux. Et on te dis que c’est 25 dinars.

Le prix final sera de 28 dinars. Donc 23 environ pour le coffret, si on considère que les deux chameaux en bois valent 5 dinars. Le vendeur fait celui qui est  dégoûté. Apparemment il a vendu à un prix normal alors qu’il s’attendait à faire une affaire. Chez un autre vendeur, je prends une darbouka en bois à 15 dinars (premier prix 30). J’imagine mal qu’on puisse payer moins cher que 15 dinars pour une darbouka en bois sculpté, faut bien qu’ils rentabilisent leur travail. 
Souvent les vendeurs donnent l’impression au client qu’il fait une bonne affaire, que leur marge est réduite presque à néant. Mais je suppose que c’est faux. Ils ne font pas fortune mais leur marge reste raisonnable.

 

Le tour de calèche
Les enfants voulaient faire un tour en calèche. Rébia nous ramène un vieux bougre bossu qui conduit une calèche qui ne paye pas de mine, tirée par un vieux canasson maigre qui fait pitié. Peu importe, les enfants ne voient pas la différence. 20 dinars pour un tour d’une heure. Ce n'est pas bon marché, ni trop cher, mais on les lui donne volontiers à ce petit vieux. Obligé de travailler à cet âge alors qu’en Europe certains partent à la retraite à 55 ans et en parfaite santé. Les enfants sont enchantés. Ils prennent la place du « co-pilote » à tour de rôle et tiennent les rênes de temps en temps. Nicolas est émerveillé et impressionné de croire que c’est lui qui conduit le cheval. En fait le cheval sait très bien où il va, c’est tout droit.

A la télé
A la télé on voit un petit film qui explique aux professionnels du tourisme comment se comporter avec le client. Différentes séquences. Un chauffeur de taxi place les valises dans le coffre et remet à zéro le compteur. Sur une autre séquence on voit ce qu’il ne faut pas faire : un marchand agrippe le bras d’une touriste et insiste, et ce qu’il faut faire : un marchand de tapis offre le thé à ses clients potentiels. Quand ceux-ci partent sans rien acheter ("on va réfléchir)", le vendeur garde le sourire ("vous êtes toujours les bienvenus"). On n’entend aucun dialogue, on devine ce qu'ils disent.

A la télé toujours les mêmes pubs en boucle. Les acteurs dans les pubs ne sont pas blonds aux yeux bleus mais ils ont la peau beaucoup plus blanche que les gamins basanés qu’on voit sur les plages (les peaux mates bronzent bien, et rapidement). Les actrices sont vêtues à l’occidentale et maquillées. La Boga jdida est vendue sur support de clip vidéo techno. Le slogan : « Maa Boga jdida tfèjé ».

Aux informations trois sujets reviennent tous les jours : ce qu’a présidé le Président ce jour là, les négociations entre Israéliens et Palestiniens, et l’Irak. Beaucoup de résumés de sport aussi. Le football européen est traité également. Comme partout dans le monde, le progrès : par exemple des images de synthèse pour les intermèdes entre les programmes. 

Retour de la plage le midi
Le soleil qui tape, le sable brûlant, et le ciment qui chauffe la plante des pieds plein de sable. La douche dans la cour, en fait, dans un petit local, où l’eau est chaude pendant les 3 premières minutes puis normale ensuite. Et la musique arabe qui sonne quelque part au loin. Autant de signes qui me ramènent 25 ans en arrière. 

Je raconte ma vie
Agnès s’énerve parce que je « raconte ma vie » à la moindre personne rencontrée. Au policier en faction devant la synagogue de la Ghriba, aux vendeurs de poterie, etc. L’expression signifie habituellement « parler de tout et n’importe quoi ». Sauf que dans ce cas, l’expression est à prendre au sens propre puisque je raconte effectivement ma vie : 10 ans de Tunisie, entre 72 et 82, El-Menzah, le lycée français, …

épicerie à Zarzis centre

Consommation d’alcool 
Mr Rébia est aux petits oignons avec nous. C’est pratique de connaître un habitant de la région. Il fait jouer ses relations. Il nous propose par exemple de louer (pour moins cher) une voiture chez le loueur qui emploie la personne qui a « construit » la maison où nous logeons.
Le gars en question nous ramène chez nous dans sa voiture. Nous faisons des détours pour trouver un distributeur d’argent et de la bière. Il n’est pas facile de se procurer de l’alcool à Zarzis. Je suppose que c’est pareil dans toutes les zones non touristiques éloignées de la capitale. Je ne m'y attendais pas trop. Un homme d'une cinquantaine d'année que j'avais questionné l'autre jour m'avait fait la morale : il n'y pas de magasin de vend de l'alcool ici. C'est pas bon pour la santé ! Il faut se rendre dans les bars des hôtels et payer le prix comme si on consommait sur place : 2 dinars la bouteille de Celtia (25 cl). Donc la vente n’est pas interdite mais aucune épicerie ne semble avoir la licence. Comme le prix est élevé les gens s’abstiennent de boire, tout simplement, et se rabattent sur les gazouzes et le thé. Ce n’est pas plus mal quand on pense aux méfaits de l'alcool. Mais si peu de Tunisiens boivent régulièrement de l’alcool, en revanche, ils fument, mais moins qu'avant apparemment. J’ai comme souvenir que tous les hommes fumaient sans arrêt dans les années 70 et 80. Ce n’est plus tellement le cas. Soit mes souvenirs ne correspondent pas à la réalité, soit ça a vraiment changé.

La conduite
A Jerba et Zarzis, personne ne met la ceinture de sécurité, sauf les touristes en voiture de location. Les conducteurs et passagers des deux-roues ne portent pas le casque. C’est Dieu qui décide. Allah Raleb. Pourtant la loi est formelle. Et la police organise des contrôles de temps à autres et ils ne font pas de cadeau. A part ça les autres règles sont très bien suivies. Mais il n’y a quasiment que des panneaux Stop aux intersections, que les automobilistes respectent. L’usage du klaxon est recommandé car les piétons et motocyclistes ne font pas attention aux voitures qui passent à leur hauteur.

Sur la photo la 404 bâchée ne va rentrer dans le camion en face, elle est train de tourner à gauche, rassurez-vous.

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