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Zarzis

1:arrivée

2:Zarzis

3:Zarzis (2)

4:Jerba

5:Matmata

6:Tataouine

7:Jerba (2)

8:Zarzis (3)

9:Tunis

10:Sidi Bou/Carthage

11:Medina

12:El Menzah/Mutu

13:Le Bardo

14:Belvédère

15:Remarques

16:souvenirs

La maison qu’on loue est à El Ogla, un faubourg à 10 km du centre de Zarzis. Elle est typiquement tunisienne, blanche avec les volets bleus et un petit dôme (pour la touche orientale). Pas très grande mais plutôt jolie : un équilibre entre sobriété et fantaisie. Le sol dans la maison est en carrelage bien-sûr. Tout autour la terrasse est en carrelage également. Autour de la maison et la terrasse, des chapes de bétons, notamment pour l'allée qui mène au garage. Le reste du terrain est de sable. Quelques maigres arbustes résistant au manque d'eau et quelques cactus agrémentent la cour. Il n'y a bien-sûr pas de gazon (ce serait une aberration dans cette région semi-aride). Il y a deux appartements l'un au dessus de l'autre. Comme les duplex au Canada. Deux familles peuvent louer en même temps. Les entrées sont séparées.  

Le quartier est situé entre la zone hôtelière et la ville. Le tout est au bord de l’eau. 
La maison a vraiment les « pieds dans l’eau ». seul un petit chemin sépare le terrain de la plage. Il n’y a guère que les habitants du quartier qui viennent sur cette plage. Autant dire que la portion qui est devant la maison est presque notre plage privée. Au bord de l’eau il y a de gros tas d’algues entassées par les vagues. Les plages des hôtels ainsi que la grande plage de Zarzis ont été nettoyées.
Pour les autres plages, dont celle d'El Ogla, il faut attendre que la municipalité se décide enfin à entreprendre le nettoyage du "début" de la saison estivale. Mr Rébia dit qu’il ira voir le maire dès que possible. Mais ce n'est pas si urgent, car sur « notre » partie de la plage il y a curieusement beaucoup moins d'algues.

 

 

Les deux premières nuits, nous avons du mal à dormir. Il devait faire plus de 26 degrés et il n’y avait pas assez de vent pour faire des courants d’air, bien qu’on soit au bord de la mer. La région sort à peine de 3 jours de canicule. On parle de canicule ici quand il fait plus de 38 degrés à l’ombre. C’est comme ça quand le vent vient du désert. 
Puis le vent a tourné et il est venu de la mer : ça change tout. En fin d'après-midi quand le soleil décline, on a un peu froid en sortant de l'eau car le vent sur la peau mouillée, dès qu'il moins de 28 degrés, ça fait frissonner. Ces jours là, il fait 32 degrés au milieu de la journée et probablement autour de 22 la nuit, avec du vent en plus. Donc les nuits sont agréables. 

Le développement urbain à Zarzis
C’est le sud ici, rural et moins développé que le nord-est. A El Olga il n’y guère que la route principale et quelques rues qui sont asphaltées, le reste n’est que pistes. On voit des tas de sables, de pierres et de briques cassées. Beaucoup de détritus secs : boîtes et emballages en carton ou plastique. Mais pas d’odeur désagréable, le soleil brûle tout. On n’a pas une impression de grande saleté. C’est juste inesthétique si on regarde de près. 
Ces énormes villas luxueuses qu’on construit un peu partout semblent incongrues au milieu des maisons traditionnelles à un étage, des chemins de terre et des haies en palmes, et de ces enclos à chèvres et poules. Les villas mises à part, le quartier me fait penser à notre visite du village de Mohamed sur Jerba. Dans certaines parties d’El Ogla une maison sur deux est en construction. Quant aux trottoirs et chaussées, ils viendront après je suppose. Pour l’instant c’est le développement urbain anarchique et individualiste. 
Le prix de revient pour la construction d'une maison est de 70 000 dinars environ, avec le terrain, soit 50 000 euros. Je tiens l’information du gars qui a construit la maison qu’on loue. Une autre personne nous assurera tant qu’à elle que la majorité des propriétaires sont des Français et des Allemands qui revendent ensuite à leur compatriotes. D’autres gardent leur maison mais la loue. Les maisons construites au bord de l’eau connaissent des problèmes d’humidité. L’idéal est la « deuxième position », à environ 300 m du bord. 

Le quartier 
Il y a peu de commerces à El Ogla. Des petites boutiques. Bien entendu il y a ces petites épiceries qui semblent avoir un peu de tout mais où il ne faut pas y aller avec une liste de course précise (ma fi’sh !). Mais bon, il y a quand même le minimum pour survivre : du pain, lait, yaourt, boîtes de thon, et la boisson nationale, la Kouka Koula (les bouteilles de Coca-Cola sont le plus souvent orientées avec l'étiquette en arabe visible). Agnès et les enfants sursautent de frayeur et de dégoût à la vue d'une tête de bœuf suspendu à une esse chez le boucher, avec les mouches tout autour. Mais tout cela me semble tellement normal. Devant les épiceries il y a des montagnes de pastèques dont certaines roulent un peu partout. C'est 250 millimes la pastèque, 200 au marché, dix à quinze fois moins cher qu'en Europe. 

La nuit on s’endort avec le bruit des vagues. Toujours de la musique arabe qui sort de quelque part au loin, un aboiement de temps en temps, et cet âne qui se met à brailler d’un coup à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Heureusement, il est loin. 

 

 

Sur la plage 
Avant le 9 juillet, il y a encore peu de baigneurs. Les enfants du quartier essentiellement. Les hommes et garçons sont tous en maillots de bain style bermuda. Le genre slip doit être trop indécent pour une région reculée d'un pays musulman, même progressiste. Les jeunes femmes et les adolescentes ont un maillot de bain une pièce avec par-dessus une culotte de cycliste, qui colle à la peau. C’est la mode à priori. C’est une tenue qui semble plus décente que le bikini mais à vrai dire ça ne cache pas plus les formes du corps. C’est donc surtout une question d’attitude.

Les femmes plus âgées se baignent toutes habillées : la plage d’El Ogla n’est pas touristique, et nous sommes loin des plages de La Marsa ou Gammarte où les bourgeoises tunisoises adoptent les code vestimentaires occidentaux.
La température de l’eau varie sensiblement selon les courants, les vents et la température de l’air. Quand le vent soufle du désert et qu’il fait 38°, l’eau est à 28 environ. Puis quand le vent vient de la mer, l’eau retombe à un niveau de température pour lequel on hésite un peu avant de s'y mettre. Peut-être 23 ou 24°.
C’est la Méditerranée, les marées sont beaucoup moins importantes qu’en Atlantique. Dans le sens de la longueur ça varie de 50 mètres à peine. A marée basse c’est idéal pour les matchs de foot. Au fur et à mesure que l’eau se retire, les joueurs se déplacent vers le sable mouillé, plus dur que le sable sec.
Les barques des pêcheurs sont ancrées à une distance du bord comprise entre 20 et 70 mètres selon la marée. La barque ne bouge pas, c’est l’eau qui avance et qui se retire. Les enfants, et moi-même, utilisons donc ces barques comme plongeoir. Il y a assez de fond à marée haute pour sauter.

Quand la marée est descendante, il se forme des flaques dans le sable, voire des petites piscines. C’est idéal pour les petits enfants. Si ça se passe en fin d’après-midi ou le soir, l’eau ne s’évapore pas.
Sur la plage à El Ogla, on voit toujours toutes les mêmes têtes, les habitants du quartier. On se salue, on discute un peu. Ils sont gentils, agréables, voire timides, nous nous sentons à l'aise parmi eux. Ils ne sont pas le genre collant à vouloir échanger les adresses ou à poser plein de questions. Mais ils doivent en savoir plus sur nous que nous sur eux. L’autre soir l’homme qui nous salue nous demande : « C'est vous qui êtes chez Rébia ? Abdesselem ? ». La famille de Français que nous sommes, qui a loué chez les Rébia a dû être repérée par tout le quartier. Sur la plage, je croise souvent un jeune homme qui me fait penser à Djorkaeff, le joueur de foot. Il me dit qu’il était pêcheur avant mais que c’était trop dur et qu’il s’est échoué un jour. Depuis il fait de la peinture de bâtiments. Il dit qu’il essaie d’avoir le bac mais qu’il n’y arrive pas.

Depuis le 14 juillet, il y a beaucoup plus de monde sur la plage à El Ogla. Les enfants de ces nouveaux arrivants parlent français, même les plus petits. Cela signifie qu’ils vivent en France car l'apprentissage du français à l'école en Tunisie commence à l'âge de 9 ans. Avant cet âge, les enfants en Tunisie ne savent pas encore le français. Ces arrivants sont des Tunisiens de France qui reviennent au pays pour les vacances. Le soir avant le dîner, des groupes de jeunes se promènent. On reconnaît les « Françaises » à leur tenue légère, et à la mode, taille basse, ventre nu, vêtements moulants. A côté d’elles les tantes ou cousines restées vivre ici, avec des tenues plus « sage », souvent avec le foulard sur la tête. Certaines jeunes femmes combinent mode hip hop et tenue musulmane (Nike, Adidas, Naf Naf, Hijab). Vers 19h30 c’est l’appel du muezzin. La plage se vide. Mais j’ai l’impression que c’est moins la prière que le début du repas qui est la cause de ce départ.

Les taxis
Beaucoup de taxis circulent sur la route reliant Zarzis aux hôtels. Cette route passe dans El-Ogla. Une fois, nous étions à peine arrivé à la route qu'un taxi passait. Nous avions eu tout juste le temps de lui faire signe. Une autre fois, nous n’avions attendu que 5 minutes. Ils ont un compteur en état de marche et le numéro de licence bien en évidence posée devant le siège passager à l’avant. Gare au chauffeur qui tente d’arnaquer le touriste. Une dénonciation à la police est synonyme de confiscation temporaire de permis et donc de manque à gagner de plusieurs jours. En tous cas avec moi ils n'osent pas. Sans doute parce que je m'adresse à eux en pseudo-tunisien.
Pour les 10 km d’El Ogla à Zarzis Centre c’est 3 dinars, autant que pour un trajet de la même distance en RER (train de banlieue) en région parisienne. C'est vraiment pas cher.
Un matin, je rentre seul du centre-ville de Zarzis, en taxi. J'avais rendu la voiture de location. Je m'adresse au chauffeur, un jeune de moins de 30 ans, en tunisien. Le peu que je connaisse me suffit pour indiquer ma route au chauffeur. Apparemment il ne me considère pas comme un simple touriste puisqu'il me raconte tout un truc en arabe. Je comprends à peu près. En moi-même, je me dis que je lui suis reconnaissant de ne pas me parler en français comme à un touriste de base.

Les taxis sont jaune comme à Tunis (et donc je suppose que c'est comme dans toute la Tunisie). Les conducteurs de taxis roulent vite (après leur argent), jusqu'à 60 Km/h dans les agglomérations, avec des piétons sur les côtés. Mais ils sont concentrés et prêts à réagir pour éviter un piéton ou un cycliste. Le klaxon est très utilisé, pour avertir. 

piments séchés

Marché à Zarzis
4 juillet. Il y a un marché à Zarzis. Les fruits et légumes sont posées à terre sur des bâches en plastique ou sur de sommaires étalages. Pour les peser, les balances et les poids, « comme avant ». Mais deux choses ont changé : 1) les gamelles en cuivre ont été remplacées par des petites bassines en plastique 2) les marchands donnent systématiquement un petit sac de plastique : on ne verse plus les fruits et légumes directement dans le couffin. Quoique, il suffirait de demander. 
Avant d’acheter j’observe les acheteurs locaux, leur réaction quand on leur annonce le prix, non affiché, et j’essaie de voir si on peut marchander. Apparemment oui, un peu, mais ça ne va chercher pas plus loin que 20% de réduction. 
J’utilise au maximum l’arabe. Le peu que je connais suffit pour acheter. Qad’desh el Kilo ? Un vendeur me demande si je suis algérien. Parce que je mélange arabe et français. 
Ce qui me différencie également des autres touristes, c’est que je ne regarde pas bêtement les pièces de monnaie comme une poule qui a découvert un couteau. Je manipule les pièces 50 et 100 millimes comme si j’avais fait ça toute ma vie. C’est comme si la dernière fois que j’avais ce genre de pièces dans ma poche ne remontaient pas à il y a 21 ans mais à hier. 
Les pièces de ½ et de 1 dinar ont le même côté pile qu'avant mais le portrait de Bourguiba sur le côté face a été remplacé par des symboles nationaux. Sur la nouvelle pièce de 5 dinars, émise à partir de 2002, Bourguiba est « réhabilité ». Le portrait de Ben Ali ne figure pas sur la monnaie. D'ailleurs le nom du président n'apparaît nulle part, c'est plutôt la date du 7 novembre qui est idolâtrée. D'ailleurs chaque commune a son avenue du 7 novembre. 
En discutant et surtout en écoutant, beaucoup de mots et expressions tunisiennes me reviennent. Je me dis « Ah oui c’est vrai, c'est comme ça qu’on dit ». J’ai l’impression qu’on ne parle pas exactement comme à Tunis. Personne ne dit « Aslama » mais « Salam » et personne non plus ne dit « iji h’na » mais « ta’a » (est-ce la proximité de la Libye ? Les Orientaux disent "ta'a la hon").
J’achète un chapeau de paille. Le chapeau typique des Jerbiens. le vendeur annonce 6 dinars. Je l’obtient à 3 dinars. Je me dit qu’il doit valoir 2 dinars. On me dira plus tard que 3 dinars c’est le prix normal en été. Quand le soleil est plus fort.

Zarzis semble être une ville assez importante, qui a quelques faubourgs : Mouanssa, Essouiha, El Ogla. Je dirais si je devais deviner qu’il y a 25 000 habitants dans cette agglomération. Homt Souk et ses environs me semble de la même importance que Zarzis.

chez Bouneuf à midi. Seb mange un brick Chez Bouneuf
A 100 mètre de là où nous logeons, il y a un restaurant paillote sur la plage, « Chez Bouneuf ». Mais pas comme ceux de France qui n’ont de paillote que le nom. Là c’est vraiment l’abri fait de quelques poteaux et de palmes. Les chaises et tables en plastique sont posées sur le sable. Seule la cuisine est en dur. C'est agréable de manger sur la plage : cette douche sensation des orteils plongeant dans le sable et l’odeur salée de la mer, apportée par une légère brise rafraîchissante. Il y a une tente de Bédouins aussi. On peut y manger le soir, sur commande. 
Chez Bouneuf le soir

Taxiphone
L’autre soir, vers 18 h, il était déjà trop tard pour se baigner (le vent venait de la mer ce jour là). Je comprends les touristes Saoudiens qui vantent le climat relativement frais des côtes méditerranéennes. 32°C avec du vent c’est différent de 45°C sans vent ! Nous en profitons donc pour faire quelques courses dans le quartier. L’épicier fait en même temps bureau de poste et « taxiphone ». C'est en fait un petit local avec des cabines de téléphones, comme à la poste dans le temps. Pour se faire faire de la monnaie pour téléphoner à l’étranger, il y a la caisse de l'épicerie. Le téléphone accepte les pièces de 100 millimes à 1 dinar. 
Une rencontre
Au retour de l’épicerie on croise cette grand-mère qui a l’habitude d’emmener chaque jour ses petits-enfants à la plage. Elle nous parle qu’en tunisien sans se soucier du fait qu’on ne comprenne pas. Je ne comprends pas tout, les personnes âgées sont plus difficiles à comprendre, avec leurs bouches édentées. Elle est vêtue à la traditionnelle avec les grosses fibules en argent mais le voile posée négligemment sur la tête est un paréo fait probablement en Asie, le genre que les Occidentales se mettent autour de la taille sur le maillot de bain. Elle tient une petite pastèque de la taille d’un balle de Hand Ball. Elle veut absolument que les enfants y goûtent. Mais personne n’a de couteau. Alors elle casse le fruit d’un coup de poing. ça dégouline de partout, mais c’est bon. La dame est très sympathique et quelque peu excentrique. Nicolas n’est pas impressionnée et plaisante avec elle, de manière gestuelle. Sébastien est plus timide. En général Nicolas attire l’attention de toutes les personnes que nous croisons, qui ne peuvent s'empêcher une petite caresse de sa tête. C’est l’âge qui veut ça (3 ans et demi), les attitudes de petit clown et aussi les cheveux lisses et châtain clair. Quoique les petits Tunisiens n’ont pas tous les cheveux bruns et bouclés. 
Tourista
Les premiers jours nous avons un peu de diarrhée, sauf Nicolas qui en temps normal est constipé. Mes intestins ont semble-t-il « oublié » la Tunisie. Avec la consommation de pastèques, ça ne s’arrange pas. Mais peu importe, ces pastèques sont mures quand elles sont cueillies et donc tellement bonnes, et rouge ! Rien à voir avec les pastèques roses des supermarchés en Europe, qui ont été cueillies encore vertes et qui ont mûri pendant le transport, si on peut appeler ça mûrir.   
Nous ne buvons pas l’eau du robinet. Mais je l’ai goûtée. Elle n’as pas le goût salé de l'eau de la maison qu'on nous prêtait à Homt Souk à l'époque. Elle vient du puit ou de la citerne, je n’ai pas bien compris. En tout cas à chaque fois qu’on ouvre le robinet, la pompe se met en marche. De temps en temps elle se bloque. Rébia m'a montré le bouton "reset" pour la remettre en marche.
Les coquillages
Agnès aime ramasser les coquillages. On trouve beaucoup de ces coquillages comme sur la photo à gauche, le genre coquille Saint-Jacques, mais en plus fin, et très fragile, et avec une belle nacre argentée et brillante à l’intérieur. Ils m'ont tout de suite rappelé les vacances à Jerba, car ces bivalves n'existent pas dans le nord de la Tunisie.

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