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Souvenirs de Tunisie

1972-1982 

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J'ai vécu dix ans en Tunisie. Nous avons habité 6 ans à El Menzah et 4 ans à Mutuelleville. On y est arrivé quand j'étais un petit garçon. Je crois que j'ai laissé une partie de moi-même en Tunisie, que j'ai quitté en 1982. Je me considère un peu comme un Pieds-Noirs, bien que je sois d'origine austro-syrienne. Mais beaucoup de mes copains au lycée français (Lycée Carnot puis Lycée de Mutuelleville) étaient descendants de colons français ou italiens, ou issus de mariages mixtes, ou il faisait partie de la communauté juive.  A l'époque je ne connaissais pas ces différences. Ce qui importait c'est que untel était bon gardien de but ou untel savait bien dribbler. On ne parlait quasiment que français bien que certains mots en arabe tunisien ne pouvaient se traduire en français, et on connaissait toutes les injures en tunisien. En écrivant cette page j'ai voulu vous faire part de mes impressions de mes souvenirs.

 

 

El Jem, le colisée, sur l'horizon de la Nationale 1. Côté nord. 

Cette vision majestueuse nous indiquait que nous étions à mi-chemin sur la route Tunis-Jerba. 

Photo prise vers 1978-80 depuis la voiture.

 

La petite plage à Carthage

Carthage, en plus de posséder de nombreux et magnifiques sites archéologiques de l'époque romaine, est avant tout une commune moderne de plusieurs milliers d'habitants. C'est une ville très chic et très agréable en bordure de mer, qui comprend de beaux quartiers d'ambassades, ainsi que le palais présidentiel. On se baignait souvent sur une petite plage à Carthage, devant les ruines des Thermes d'Antonin. Mon frère et moi avions escaladé des dizaines de fois le même rocher de 4 m de haut. C'était en fait un gros morceau de bâtiment romain écroulé sur la plage. On y restait perché pour se sécher au soleil après une baignade. Cette plage n'existe plus, elle a été remplacée par une jetée en rochers artificiels et le public n'y a plus accès à cause de la proximité du palais du Président.

Le TGM

Le train de banlieue Tunis-Goulette-Marsa relie Tunis à sa banlieue sur la côte : La Goulette, Le Kram, Carthage, Sidi Bou Saïd, La Marsa. Tout ça, c'est la Riviera de Tunis. Je me souviens encore du vieux train blanc en bois, qui avait beaucoup de charmes. Il a fallu le remplacer. Vers la fin des années 70, on a mis à la place un train plus moderne, mais moins beau. J'ai pris quelques fois le TGM pour aller à la plage avec les copains et copines. En été, les jeunes ouvrent les portes du train en marche pour faire de l'air. Comme sur les vieilles rames du RER C à Paris. C'est dangereux mais ça vaut le coup pendant la canicule. Pour en savoir plus sur le TGM, cliquer ici : www.profburp.com

Les journées à la plage

J'y suis allé sans doute plus de 300 fois, en dix ans. On allait à la plage à Gamart ou à Rawad, voire plus loin à Rar-El-Meleh. Après la plage c'était le cornet de granit ou de glace chez Salem à La Marsa, ou chez Fred au Kram. Ou alors le bambalouni à Sidibou. 

Poisson grillé à Rar-El-Melh

C'était la sortie du dimanche en été. C'est un village de pêcheur au nord de Tunis et à l'est de Bizerte. On achetait le poisson sur le port et on le faisait griller sur la plage. 

Les Bambalounis

C'est une sorte de grand beignet rond avec un trou au milieu. A peine sorti de l'huile bouillante on le trempe dans le sucre et il faut le manger dès qu'il a refroidi. Si vous voulez mon avis, c'est une des meilleures choses au monde. Le plus souvent on en mangeait à Sidi Bou Saïd, à la petite échoppe juste après le Café des Nattes. Cette boutique existe encore. J'ai vérifié pendant l'été 2003. Le vendeur m'a dit qu'elle a été créée en 1912. Quel Tunisois ne connaît pas ce lieu ? 

Les glibettes

Ce sont des graines de tournesol séchées et salées. Dans n'importe quel pays du monde on donne ça aux oiseaux et autres petits animaux de compagnie (souris, hamster, etc). En Tunisie ce sont les humains qui les mangent. ça se mange surtout dans la rue car il faut recracher l'écorce. 

Comment manger une glibette :

1) sucer le sel collé sur la gloubs.

2) placer la gloubs entre les incisives. 

3) Appuyer pour casser en deux l'écorce. Cette phase est la plus délicate. En effet il convient de ne pas appuyer trop fort pour ne pas écraser la glibette mais suffisamment fort quand même pour ouvrir la gloubs.

4) Aspirer le tout dans la bouche.

5) Effectuer des mouvements de la langue et des dents pour séparer l'écorce de la graine. Cette phase fait appel à votre instinct. Il est difficile d'enseigner cette partie là. 

6) Recracher bien loin l'écorce en soufflant. Une évacuation d'écorce de glibette est réussie lorsqu'elle vole bien loin devant vous. 

7) croquer la graine restée dans la bouche puis la manger. 

Pour un vrai Tunisien, les étapes 1 à 7 durent à peine une seconde. Dans les cinémas, il y a des écriteaux avec écrit dessus :  "interdit de fumer, de cracher et de manger des glibettes". ça n'empêche pas qu' à la fin de la séance, le plancher est jonché d'écorces.

 

Sidi Bou Saïd

Ce joli village tunisien avec ses maisons blanches et ses volets et portes bleus, que vous voyez sur les prospectus sur la Tunisie, c'est Sidi Bou Saïd. Il s'agit d'une adorable petite commune de la banlieue de Tunis, perchée en haut d'une colline qui surplombe la mer. C'est la ville de Tunisie qui est à la fois la plus pittoresque et la mieux entretenue. C'est une vitrine pour la Tunisie. On allait souvent à Sidi Bou,  non pas pour y croiser les touristes et les vendeurs de boutons de jasmin, mais pour profiter de la fraîcheur du soir après une journée de canicule. Souvent c'était après une journée à la plage. On s'asseyait sur la terrasse du café Sidi Chebaane à flanc de falaise (voir brochures). Le tableau que j'ai peint, ci-dessus, je crois c'est Sidi Bou Saïd mais je n'en suis pas certain (j'avais copié d'une photo).

Le pique-nique au Bou Kornine

Au printemps et en automne, on partait le dimanche en excursions aux alentours de Tunis. On se promenait dans les forêts de pins maritimes, ça sentait bon les pins, le thym et le romarin. On allait au Bou Kornine, un mont culminant à 800 m, tout près de Tunis.

Clubiste ou Espérantiste ? 

J'étais clubiste, c'est-à-dire que je supportais le club de football "Le Club Africain", de Tunis. L'autre grande équipe de Tunis est "L' Espérance Sportive". Mon frère était Espérantiste bien-sûr, pour me contredire. Notre première maison à El-Menzah était près du stade. A la fin d'un match,  il fallait qu'on ferme les volets. Il y avait toujours parmi les perdants des "hooligans" mécontents qui lançaient des pierres à l'aveuglette, pour chahuter. 

Au cinéma

Quand on allait au cinéma pour voir un film tranquille, genre comédie pour enfants ou dessin animé, rien à signaler de particulier. En revanche, quand il s'agissait d'un film d'action (karaté et western), ouh la la, il y avait de l'ambiance. Chaque action suscitait les réactions du public : cris d'encouragement, applaudissement, huées, sifflements, comme à un match de foot. Il y avait un surveillant de salle. Quand certains en faisaient trop, ou se comportait comme devant un film d'action alors qu'il s'agissait d'une comédie sentimentale, le surveillant les expulsait manu militari. A la sortie du cinéma, on voyait plein de karatéka en herbes, commentant et mimant les actions de "Brrousse" Lee.

Trravolta

J'avais du mal à réaliser que Travolta (en roulant bien le r), il était américain. Je le voyais plutôt comme un Sicilien de La Goulette, comme Claudia Cardinale. C'était une grande star en Tunisie, grâce à "Saturday Night Fever" et "Grrize". Ces deux films ont fait un tabac en Tunisie. Pendant 3 ans la plupart des jeunes hommes avaient les cheveux un peu long et coiffés en arrière, et la chemise à large col ouverte sur une chaîne en or (ou plaqué, ou argent, ou toc). 

La canicule en été

A partir de juillet, il faisait entre 30 et 40 degrés le jour et entre 20 et 30 degrés la nuit. Ca ne nous gênait pas, on était soit à la plage, soit dans la maison, les volets fermés, à faire la sieste. Mais on migrait au rez-de-chaussée. Trop chaud pour dormir à l'étage. 

Ma fi'sh !   

Dans les petites épiceries, avec la grappe de piments rouge accrochée à l’entrée (pour sécher), il y avait à la fois tout et à la fois rien. En fait les rayons étaient remplis de choses et d’autres. Mais si on venait avec une liste précise, c’était « ma fich » , il n’y a pas. Si on voulait du concentré de tomate, il n’y avait de la purée de tomates, si on voulait de la purée de tomates, il n’y avait que du concentré de tomates. C’est un des souvenirs que j’ai, « ma fiche ».

La consigne

Les bouteilles étaient consignées. L’épicier examinait bien les bouteilles qu'on lui rapportait. Si une d’entre elles avait un éclat sur le goulot: refusée ! 

L'arrivage de bananes

La Tunisie importait très peu de fruits. La production du pays suffisait : melons, pastèques, oranges, mandarines, citrons, pamplemousse, pomelos, nèfles, abricots, pêches, pommes, grenades, figues, figues de Barbarie, dattes, coings. Pour moi, les framboises, les mangues ou les ananas, c'était des fruits exotiques. Mais peut-on se passer de bananes ? De temps en temps, il y avait donc un arrivage. Le bruit circulait. "un arrivage au marché untel". Le jour de la livraison, c'était la cohue, tout le monde voulait sa dizaine de bananes. C'est quand j'étais petit. En 1982, c'était fini tout ça, on trouvait les bananes au supermarché.

La sécheresse

Du 15 juin au 15 septembre, il ne pleut pas une goutte en Tunisie ! Quand je dit "pas une goutte", j'utilise cette phrase au sens propre. C'est-à-dire qu'on peut compter les gouttes de pluie sur les doigts de la main. Le soleil est au rendez-vous tous les jours. La pluie ne revient que mi-septembre, avec de gros orages. Une fois, il avait plu exceptionnellement en août, un petit orage de rien du tout. Mais j'étais tellement surpris. Je n'arrivais pas à comprendre. Comment était-ce possible ? J'en étais bouleversé. Alors que j'aurais pu me réjouire de ce peu de fraîcheur, j'était contrarié. Cela allait à l'encontre des règles établies.

La boue

Pour moi, l'hiver en Tunisie, c'était les bottes et la boue. Certainement parce qu'il pleut en hiver et que El-Menzah, en perpétuels travaux, avait beaucoup de trottoirs pas encore terminés et beaucoup de terrains vagues.

Des mandarines pour le chien

Dans notre première maison à El Menzah, on avait une haie de jasmin, ça sentait bon ! On avait aussi quelques mandariniers, une dizaine d’orangers, un citronnier, un grenadier, deux néfliers. 
On grimpait dans les mandariniers et on y restait une heure, à manger les fruits à même l’arbre. Le chien attendait en bas qu’on lui jette quelques quartiers.

Le Sahara sous la pluie

La première fois qu'on était allé visiter le sud, on a eu très froid. Il avait plu tout le temps et les oueds en crue ont failli nous empêcher de retourner dans le Nord. En fait, c'était en mars, un des mois les plus froids et les plus pluvieux en Tunisie. Il faisait 15° C environ. C'était bizarre de voir le Sahara comme ça, avec un ciel de Normandie. Pour deux mois dans l'année  où il fait frais et humide, les gens dans le sud de la Tunisie ne se donnent pas la peine d'avoir un chauffage. A l'hôtel dans l'oasis de Gabès, des bungalows style club Med avec le toit en chaume, on dormait en anorak. Voilà mon premier souvenir du désert : le froid.

Neige à Tunis

Fin février 1981, il avait neigé à Tunis. Une forte chute de petits flocons avec des bourrasques de vent. Ma mère avait reçu ce jour-là une lettre d'une amie en Europe qui lui écrivait qu'on avait de la chance de vivre dans un pays chaud et ensoleillé. Le lendemain matin, le sol était couvert de 4 cm de neige. Sur la colline à l'horizon c'était resté blanc une semaine. La fois d'avant, c'était dans les années 50 et la neige fondait au sol. Dans les années 80 il a ensuite neigé plusieurs fois, notamment durant les hivers rigoureux de 1985 à 1987.

Le bateau dans la rue

En Tunisie, il ne pleut pas souvent. Mais quand il pleut, il pleut fort en peu de temps. Comme il y a beaucoup d'eau qui tombe d'un coup, et que la terre est relativement sèche, l'eau monte vite et coule partout, formant des torrents. Les Oueds se remplissent très vite et ils débordent. En ville, les égouts n'ont pas le temps d'absorber l'eau et comme il y a souvent des problèmes de canalisation, les rues des quartiers bas sont transformées en rivières. J'ai fait 2 ans à l'école primaire Scipion, à Lafayette. Ce quartier de Tunis était souvent inondé. Quand mon père ou le chauffeur de la banque venait nous chercher, ça nous amusait beaucoup de rouler dans 50 cm d'eau. On disait qu'on était dans un bateau.

Nos ancêtres les Phéniciens

Les professeurs au lycée français avaient compris qu'il ne fallait pas trop insister sur "nos ancêtres les Gaulois", vu que les élèves à 100% français n'étaient qu'une minorité. J'ai donc beaucoup appris sur la civilisation punique : la fondation de Carthage par Didon, les guerres contre Rome, la traversée des Alpes avec les éléphants, Amilcar et son fils Hannibal, la religion punique avec les dieux Baal et tanit. Comme tous les élèves de la région de Tunis, nous avions eu droit nous aussi à notre excursion à Carthage. Il n'y avait que 15 Km à faire pour s'y rendre ! 

Nos ancêtres les Romains.

Les Romains ont occupé la Tunisie pendant six cents ans. De ce fait, c'est un des pays qui a conservé le plus grand nombres de ruines romaines. Il y a des villes entières comme Dougga, Carthage, Utique, Thuburbo Majus, Bulla Regia, et l'aqueduc de Zaghouan, le Colisée d' El Jem (photo), aussi grand et beau que ceux de Rome et de Nimes. N'importe quel coin de Tunisie a "son site romain". 

Quand on descendait de Tunis à Jerba, la vue du Colisée d'El Jem nous indiquait qu'on était à la moitié du parcours. On peut l'apercevoir à plusieurs kilomètres de distance depuis la nationale 1. En effet, ce dernier est dans la ligne de mire de la route qui effectue un virage à 90% pour le contourner. Une fois sur deux on s'arrêtait lui dire bonjour. Petit détail amusant : regardez cette photo et ensuite celle-ci : http://www.ifrance.com/anightintunisia/tunisie2001p0225.jpg

Dougga

C'est une imposante cité romaine en ruine qui s'étend sur quelques centaines d'hectares. Nous l'avions visité de nombreuses fois et j'adorais me promener dans cette ville antique en imaginant des scènes de l'époque romaine. Étant enfants, qu'est-ce c'était drôle de s'asseoir sur les vespasiennes en sachant l'usage qu'il en était fait ! Pour ceux qui ne savent pas : il s'agit d'une sorte de salon où les Romains se rencontraient pour discuter. Seulement, les bancs de pierre sur lesquels on s'asseyait étaient troués et disposés au dessus d'une fosse. Si vous n'avez pas encore compris sachez qu'il s'agit de toilettes très publiques. 

Le tour de la Tunisie

On a presque tout vu pendant ces dix années. Comme on savait qu'on allait quitter un jour, on a visité le pays comme des touristes. On a été à Tabarka, Aïn Draham, Béja, Jendouba, Menzel Bourguiba, Mateur, Rar El Meleh, Hamam Lif, Grombalia, Korbous, Hamamet, Nabeul, Dougga, Zaghouan, Monastir, Sousse, El Jem, Sfax, Gabès, Jerba, Médenine, Matmata, Chenini, Kebili, Douz, Tozeur, Nefta, la Table de Jugurtha, et même à Tataouine (Foum Tataouine pour être exact), qui existe bel et bien.

La guerre des boulettes

En Tunisie, il y a ces cyprès de 5 à 10 mètres de haut un peu partout. On faisait des batailles avec les boulettes des cyprès. La règle était de ne pas prendre les vertes, trop dures. Ca faisait mal des fois, quand on se prenait la boule en pleine poire ! Les batailles avaient lieu entre 2 « armées » d’une dizaine de garnements.

Les cafards

Dans les cuisines des maisons tunisiennes inhabitées pendant quelques mois, c’est la fiesta pour les cafards, les gros, les blattes, avec les longues antennes. Un client de mon père nous prêtait sa maison de vacances à Jerba. Quand on arrivait dans la maison inhabitée, les deux premiers jours étaient consacrés à la guerre contre ces bestioles. Au retour chez nous à Tunis, c’était un peu la même chose. Ce n’est pas propre à la Tunisie bien sûr.

Le vendeur de jasmin

Le jasmin est une fleur dont la forte odeur est très agréable. Les boutons de fleurs sont attachés ensemble pour former un petit bouquet en forme de cône avec à sa base les tiges. Le vendeur de jasmin transporte et exhibe sa marchandise dans un panier en osier posé sur la tête, ou sous le bras, ou disposé devant son ventre et attaché derrière le coup (comme les vendeuses d'eskimau dans les cinémas). Il est habillé en vêtements traditionnels : chéchia rouge (c'est le fez tunisien, moins haut que le turc ou le marocain, et plus arrondi), chemise blanche, gilet brodé, pantalon bouffant et babouches, et il a toujours un bouquet coincé entre le haut de l'oreille et la tête (comme quand on met un stylo ou une cigarette). Les vendeurs de jasmin exercent dans les lieux où les gens flânent le dimanche (à Sidi Bou Saïd par exemple). J'associe l'odeur du jasmin à la Tunisie. Si je ferme les yeux et je sens du jasmin je suis là-bas. Les odeurs, très important les odeurs !

1978 : L'équipe de football tunisienne est parmi les dix meilleures au monde

En 1978, la Tunisie participe pour la première fois à une coupe du monde de foot. A l'époque il y avait 16 équipes. Le premier match était contre le Mexique. Je crois bien que tous les 7 millions de Tunisiens étaient devant leurs télévisions. A la première mi-temps, le Mexique marque un penalty. On s'est , ça y est c'est foutu, la fête est finie. Mais à la deuxième mi-temps, but de la Tunisie (Kaabi) ! Et pas un penalty. Cris de joie sortant de toutes les maisons. Un peu plus tard, la Tunisie menait au score grâce à Belghith et le meneur de jeu Temime. Les premiers klaxons dans la rue. Vers la fin du match, Ghommid marque le 3e but tunisien. L'apothéose. Tunisie 3 - Mexique 1. 22 ans après je peux encore vous décrire l'action. Tir de l'intérieur du pied droit, dans un angle assez fermé. C'est ce jour là que j'ai appris que les gens sortaient en voiture pour klaxonner après une importante victoire sportive. Ce match est plus important dans ma mémoire que le 3-0 de la France contre le Brésil. J'avais 12 ans et demi en juin 78. Finalement, la Tunisie a manqué de peu la qualification au 2e tour, malgré un 0-0 héroïque contre la RFA. L'équipe tunisienne était arrivée 9e sur 16. 9ième équipe du monde en 1978. Quatre ans plus tard, l'Algérie battait la RFA 2 buts à un.

Les chats de gouttière

Je me souviens de l’omniprésence des chats errants, fouillant les poubelles. Les mâles étaient souvent mutilés (suite aux bagarres entre eux), un œil en moins ou les oreilles déchirées. Les chiens errants étaient beaucoup plus rares. La fourrière les ramassait. A Sfax, ils mangent les chats paraît-il, ça ressemble à du lapin. Les Sfaxiens montaient à Tunis pour attraper des chats. C’est ce qu’on disait du moins. A propos de Sfax, savez-vous pourquoi les gens de cette région ne s'envoient pas de lettres ? Parce qu'ils sfax. 

Yah-ya Bourguiba !

Il était partout, Habib Bourguiba, "le Combattant Suprême". A la télé, à la radio, sur les portraits accrochés chez le coiffeur, dans le café, chez le boulanger, etc. Dans la rue il passait debout dans sa Mercedes 600, le tronc sorti du toit ouvrant, en saluant de sa main la foule qui criait "Yah-ya Bourguiba" (vive Bourguiba). Dans ma tête d'enfant c'était une sorte d'idole. Une fois on l'a croisé un soir sur la grande plage de Carthage, il se promenait entouré de 2 ou 3 gardes du corps. Il a salué ma mère d'un signe de la tête. Mon frère et moi étions très impressionné de voir le commandant de la nation, son excellence le président, en chair et en os.

L'avenue Habib-Bourguiba et les étourneaux

L’ Avenue Habib Bourguiba, c’est les Champs-Élysées de Tunis. Au coucher du soleil, il y avait un énorme bruit étrange, persistant et continu. Comme le son d'une énorme machine, un peu aigu quand même, très déconcertant. La première fois que j'ai entendu ça, vers l'âge de huit ans, j'ai demandé à mon père d'où venait cette rumeur. Il m'a montré du doigts les bandes très nombreuses d’étourneaux qui venaient chercher leur « lit » pour la nuit dans les arbres qui longent toute l’avenue. Ils étaient si nombreux que la somme de chacun de leurs cris formait ce bruit uniforme et homogène, qu'on imagine pas produit par des oiseaux. Ça m'avait impressionné. A l'été 2003 je n'ai pas retrouvé les étourneaux sur l'avenue Bourguiba. Peut-être n'était-ce pas la saison ou alors comme il n'y a plus les deux doubles rangées d'arbres comme avant, ils ne viennent peut-être plus. A ce sujet, voir cet article : http://harissa.com/D_Communautes/Tunisie/lavenuedefrance.htm (rechercher dans cette page le mot "étourneau"). 

 

La baguette, l'aliment de base

La baguette parisienne, c'est l'aliment de base des Tunisiens. Ils en mangent beaucoup tout le temps et avec tout, même avec les pâtes. Et surtout pour saucer la sauce tomate ou la mlouhkia. Quand je voyais un Tunisien ou une Tunisienne revenir avec le pain, c'était souvent avec 5 ou 6 baguettes dans le couffin.  Maintenant ça a peut-être un peu changé car les familles tunisiennes ne sont plus aussi nombreuses qu'avant. Quand les premiers fours à pain modernes sont arrivés, c'était la ruée. Les gens se disaient que le pain était forcément meilleur, que c'était le progrès. Mais rien ne vaut un four traditionnel. 

Les macaronis

Le plat le plus mangé en Tunisie, ce n'est pas le couscous. C'est bien les Makarroni (il m'a fallu longtemps pour réaliser que c'était un mot italien). Avec la sauce tomate relevée à la Harissa. Et la baguette à la fin pour saucer. 

Sanwitchoton

Les Américains ont leur hot-dogs et hamburgers, les Tunisiens ont leur sandwich au thon. Une demi-baguette remplie de miettes de thon avec parfois des olives vertes et des rondelles d'œufs durs. 

Brik à l'œuf

Après les Makarroni et le sandwich au thon vient l'incontournable brik à l'oeuf. Parfois on y met du thon, tiens-donc, encore là celui-là. Mais l'oeuf y est toujours, c'est la base. Et le persil aussi. Et l'éternelle Harrissa. Faut toujours préciser qu'on ne veut pas de Harrissa, ils en mettent par défaut. 

Couscous

Ensuite seulement vient le couscous. Faut dire que c'est un plat élaboré, plus long à préparer. Un repas de fête. Une spécialité tunisienne est le coucous au poisson. Et puis il y a les Slata (salades), la Chakchouka (ratatouille tunisienne), le méchoui, les brochettes, etc.

La Mlouhkia

C'est une sorte de sauce verte qui accompagne les ragoûts ou qui se mange comme ça avec du pain. J'ai jamais pu m'y faire. Franchement ça ne me manque pas. Je crois qu'il faut être né en Tunisie pour apprécier. Moi je suis né au Maroc, j'aime la semoule de coucous avec du sucre et de la cannelle. 

Le Boga cidre

C'est un soda de marque tunisienne qui a la couleur du Coca-Cola mais pas le goût. Pour ceux qui connaissent, ça ressemble vaguement à la racinette au Canada. Moi j'aimais bien ça. Aujourd'hui il y a aussi la Boga jdida (nouvelle Boga), qui n'est d'autre qu'un ersatz de Seven-Up. 

Les Mûriers et les vers à soie

En Tunisie, il y a des mûriers. Attention rien à voir avec les ronces qui donnent des mûres noires. Ce sont ces grands arbres qui donnent des mûres d'une couleur beige. On s’en fichait des mûres, ce qu’on voulait c’était les feuilles qu’on donnait à nos vers à soie. Dans les rues près de l’école, les trottoirs avec les mûriers étaient tout glissant et un peu dégueu, à cause des mûres qu’on faisait tomber en arrachant les feuilles ! C'était la mode les vers à soie. On les avait dans une boîte à chaussures et les regardait manger leur feuille. Ensuite la chenille faisait son cocon. Quand le papier sortait du cocon, il s'envolait et c'en était fini. la femelle pondait des milliers d'œufs d'où éclosaient des milliers de petits vers gros comme des fourmis. Le tout finissait à la poubelle. 

Vacances à Jerba

A compter de 1976, un client de mon père nous prêtait sa maison à Jerba durant 1 mois de l'été. Jerba est dans le sud de la Tunisie, le pays du désert et des palmiers. Même pour nous qui habitions en Tunisie, c’était dépaysant. ça fait penser un peu aux tropiques, l’eau de la mer y est bleu turquoise, les palmiers poussent non loin de la plage. Les plages du nord de la Tunisie ne sont pas comme ça, l’eau est plus foncée et plus agitée, et il n’y a pas de palmiers. A Jerba, on peut se baigner d’avril à fin octobre, quoique... un internaute ayant vécu en Tunisie m'a fait remarquer qu'il s'y est baigné un 1er janvier... Après tout la mer à Jerba est à peine plus froide en hiver à qu'en plein été à Brest ! 

Le miracle tunisien

Le début des années 70 en Tunisie appartient à une époque bien révolue. C'était une époque où le pays était encore pauvre. Il paraît que dans les années soixante il y avait eu la famine dans l'est. Ma mère me raconte qu'à notre arrivée du Maroc en 1972, elle trouvait peu de choses dans les épiceries contrairement à celles de Casablanca. Elle avait voulu acheter de l'huile de tournesol ou de maïs pour faire la cuisine et l'épicier lui avait tendu de l'huile d'olive. Quand ma mère lui a expliqué que ce n'était pas cette huile qu'elle désirait, l'épicier lui avait répondu qu'elle avait de la chance qu'elle trouve de l'huile, peu importe la sorte. Le lait on l'achetait au fermier qui passait dans la rue avec sa citerne posée sur la charrette. On prenait 5 litres qu'on devait ensuite faire bouillir. Il y avait aussi le vendeur ambulant de fruits et légumes. On ne trouvait que du yaourt nature, ceux aux fruits n’existaient pas. Il fallait rajouter du sucre ou de la confiture. Les voitures étaient en majorité des vieux modèles d'après-guerre : Peugeot 203, 403. Les Taxis, c’étaient tous des Renault 4 CV, bonjour le confort. La campagne n’était pas loin de la ville. On voyait des fois dans notre rue des gamins aux pieds nus poussant des vaches ou des moutons. En zone rurale, il y avait peu l’électricité. Quand on rentrait de nuit d’une excursion la nuit, on remarquait que la campagne était noire. 

Mais en dix ans, les changements avaient été fulgurants. J'ai pu observer à ma manière, celle d'un enfant, le début du "miracle tunisien". En 1982, on allait désormais au supermarché pour y trouver beaucoup de choses, des yaourts aux fruits par exemple, et du lait UHT. Les taxis étaient désormais de grandes Peugeot 504, ou des 304. Le vieux TGM en bois avait été remplacé par un train moderne avec des portes automatiques. Quand on roulait la nuit dans la campagne, on voyait partout de la lumière. Il y a une quinzaine d'année, a commencé le déploiement du métro léger à Tunis, une sorte de tramway qui roule en "site propre" (sur des voies interdites aux autres véhicules). Ceci constitue un énorme progrès par rapport aux bus bondés bloqués dans la circulation.

La chkoba, le rummy et les dominos

Au café, les Tunisiens jouent au dominos. Ils jouent très vite, en tapant bien fort les pièces sur la table. Ils jouent aussi aux cartes : au Rummy ou à la chkoba (scopa en Italie). Là aussi, ça va très vite. il faut suivre, d’autant plus qu’il y a de la triche. Les cartes sont toutes gondolées dans le sens de la longueur, à cause de la manière dont elles sont maltraitées. Ils ne connaissent pas le tric-trac qui se joue dans les Balkans et au proche-orient (le tric-trac se dit aussi baggamon ou jacquet, tawla en arabe).

Les dromadaires c'est pour les touristes

Le dromadaire est plutôt un animal du désert. Le seul moyen de voir un chameau dans le nord de la Tunisie, c’est d’aller sur la plage des hôtels. Ils servent à promener les touristes sur la plage et à être pris en photo. Attention de ne pas photographier la mer, sinon on ne peut pas faire croire que c’est le désert. En passant, j'entends souvent dire qu'il n'y a pas de chameau en Tunisie, et que le chameau, qui a deux bosses vit en Asie. Et que le dromadaire, qui a une bosse, vit en Afrique. D'abord on trouve des dromadaires également en Asie (péninsule arabique, sud de l'Iran, Pakistan, Inde). Et puis ensuite le dromadaire est une espèce de chameau. En Tunisie on dit "chameau". En arabe c'est Jamel, c'est le même mot (jamel>kamel>chamel>chameau).

Haram ? Interdit le porc ?

En Kroumirie (Nord-est), il y a beaucoup de sangliers. C’est la région la plus verte et la plus froide de Tunisie. C’est montagneux, ça ressemble beaucoup aux forêts françaises, avec des chênes, des conifères.  Au dessus de 900 m d’altitude, il neige en hiver. Toujours est-il que les habitants de cette région forestière n’ont d’autre choix que de chasser le sanglier s’il veulent manger de la viande. Or la religion musulmane interdit le porc, c'est haram (sacré, interdit). Pour rester le plus possible en conformité avec la religion, ils donnent une partie de l’animal à leurs chiens. Le reste du sanglier est considéré comme « pur » et ils estiment qu’ils peuvent le manger.

 

Le Tajine

Les Français connaissent le tajine marocain et algérien qui est un ragoût de mouton. En Tunisie, ce qu'on appelle Tajine, c'est complètement autre chose. C'est une sorte de tourte ou de grosse quiche avec du poulet, de l'œuf, des épinards. 

Cigarettes à l'unité

Presque tous les Tunisiens fument. En revanche, peu de Tunisiennes fument, en public, du moins. Je ne sais pas si c'est encore comme ça mais il y a 20 ans, c'était le cas. Que ce soit en train de conduire un camion ou maniant un marteau-piqueur, le Tunisien a souvent une cigarette à la bouche. Dans la rue les cigarettes se vendent à l'unité. Le vendeur est assis sur le bord du trottoir ou sur une petite chaise. Les paquets de cigarettes sont posés sur une boîte de carton retournée.

Bob Marley, le disco et King Crimson

Vers 1974, les jeunes gens n'avaient pas assez d'argent pour s'acheter les disques de musique pop importés en petites quantités d'Europe. Alors ils écoutaient la radio. Mais à la radio il y avait surtout de la musique arabe et française. En effet, Radio Tunis "International" s'il vous plaît, diffusait Claude François, Serge Lama, Dutronc, Souchon, Brel (Brel ça veut dire âne en tunisien, ha ha ha). Alors les jeunes Tunisiens à cette époque ne connaissaient pas grand chose de la musique pop anglophone, peut-être Elvis Presley et un peu les Beatles, mais Les Rolling Stones ou les Who ? Je ne pense pas. MAIS, MAIS, il y avait une exception: BOB MARLEY. C'était de loin, mais alors de loin, le chanteur de pop anglophone le plus apprécié en Tunisie. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il venait du Tiers-Monde ? Certainement. Ensuite les Bee Gees sont arrivés avec "Saturday Night Fever" et en quelques années, ça a bien changé, la radio s'est mise à diffuser de la musique anglaise et américaine. Ce qui marchait bien c'est le disco et le funk, avec Earth Wind and Fire, Kool and the Gang, Donna Summer, etc. Pink Floyd était également apprécié et curieusement aussi, la chanson "Epitaph", enregistrée en 1969 par le groupe King Crimson. C'est un groupe anglais de Rock Progressif pas très connu en Europe. Mais à Tunis, tout le monde connaissait "Epitaph". Bizarre.

Bonbons, Cacahouia et glibettes

Devant les écoles notamment il y avait (et il y a encore certainement) des vendeurs ambulants de sucreries, glibettes, cahacouètes. Les bonbons étaient vendus à l'unité pour un douro, c'est-à-dire 5 millimes (moins de 1 centime d'euro), les glibettes dans un cornet en papier journal, et les cacahouètes également. Le tout était exposé sur une sorte de chariot en bois, une sorte de caisse avec des roues et une planche par dessus.

Métiers de rue

Il y a 40 ans en France, il y avait encore beaucoup de métiers de rue. Je ne sais pas s'il en reste encore beaucoup en Tunisie, mais dans les années 70, il y en avait énormément. Des vendeurs ambulants surtout : le vendeur de bonbons, qui proposait aux enfants également des billes ou des petits jouets. Le vendeur de cigarettes à l'unité. Le vendeur de journaux. Le cireur de chaussures. Le fripier, l'aiguiseur de couteaux ambulant. Le vendeur de légumes avec sa charrette à bras. Le vendeur de jasmin.

Le thé

Le thé tunisien est très fort. Il est aussi noir que du café. Une fois, on nous en a offert dans un magasin à Jerba. Mon frère, âgé alors de 8 ans, a vomi une demi-heure après en avoir bu un petit verre.

La figue de Barbarie

C'est le fruit d'une espèce de cactus qu'on trouve beaucoup autour de la Méditerranée. Pour l'éplucher, il y a une technique. Comme c'est plein d'épines (comme le reste de la plante), il faut tenir le fruit avec le pouce sur la partie qui était attachée à la plante (donc forcément sans épine) et l'index sur l'autre extrémité où il y avait la fleur. On coupe dans le sens de la longueur et on épluche. Malgré toutes ces précautions, on se retrouve toujours avec quelques petites épines dans les doigts, voire sur la langue. Mais c'est tellement bon, juteux et sucré que ces quelques désagréments en valent vraiment la peine.

Le Berbère du coin. 

Les Berbères ont eu la vie dure en Tunisie. Le pays est relativement plat et c’est le premier du Maghreb en arrivant par l'Est. Quand les Arabes sont arrivés, les Berbères tunisiens et les Carthagino-romains ont morflé les premiers. Les autres, en Algérie et au Maroc, se sont cachés dans leurs hautes montagnes. Pourtant il semblerait que les Arabes aient négligé le sud-est du pays. Le petit massif montagneux de Matmata et Tataouine, et l'île de Jerba. Il faut dire que les Matmatais étaient malins. Leur maisons étaient des cratères de 20 m de diamètre, aux parois verticales, creusées dans la montagne. Les chambres étaient accessibles de portes donnant sur des marches descendant vers le rond central. Pour y descendre il faut une échelle, ou une corde. Pas facile de descendre, avec la cavalerie, quand les habitants tirent des flèches ou lancent des pierres de leurs chambres. Mais ils faisaient comment pour descendre les bêtes ? Ah ha ! Il y a un tunnel secret ! Bien gardé et dont l'entrée est bien dissimulée. Quand on est en haut, sur le plateau,  on ne voit pas les trous à plus de 30 m ! ET quand les cavaliers arabes lançaient leur chevaux, en brandissant leurs sabres, vous imaginez ?

Aujourd'hui les épiciers à Tunis sont en grande majorité des Jerbiens berbères. A Paris, on va chez l'"Arabe du coin" pour acheter le litre de lait manquant. Je n'ai pas vérifié s'il était Berbère tunisien. Demandez -lui donc d'où il vient.

Les 20 mars

A l'âge de 17 ans je me suis mis à fumer comme un con d'adolescent, pour faire comme les grands. Seulement les Marlboro coûtaient 1 dinar, c'est-à-dire 0,7 euros. Pour l'époque c'était une fortune. Donc je me rabattais sur la marque "20 mars", à 200 millimes le paquet. Le 20 mars 1956, c'est la date de la proclamation de la Tunisie indépendante. 

Les Kakis

C'est une sorte de biscotte mais en beaucoup plus solide, avec du gros sel collé dessus. Au Belvédère, le grand parc de Tunis qui abrite le zoo, on peut acheter des kakis aux vendeurs ambulants. Leur kakis ont la forme de bâtonnets ou de chameau, de mouton, etc. ça plaît aux enfants. Pour moi le grignotage des kakis était indissociable de la visite au zoo.

A l'été 2003, quand j'ai amené mes deux garçons au zoo de Tunis ils ont adoré les kakis.

Le Zoo de Tunis

C'est un zoo très sympa et bien entretenu. Il est situé dans le parc du Belvédère. Il n'y a que les fauves qui sont un peu à l'étroit les pauvres. Je connais le parcours par coeur. C'est toujours à peu près les mêmes enclos avec les mêmes espèces depuis trente ans. Les flamands roses, les cigognes, les sangliers, les hippopotames nains, l'éléphant avec qui ont se fait prendre en photo, les porcs-épics, les rapaces, les macaques, les babouins, les ours, les otaries, les perroquets, les daims, les gazelles, les Autruches, le chameau d'Asie à deux bosses, les antilopes, etc. 

Bayari

C'était le footballeur vedette du Club Africain de Tunis. A partir de 1978 environ je crois. Les Espérantistes (fan du club rival : l'Espérance de Tunis), chantaient toujours cette même chanson pour le railler : Bayari aimerait se marier mais sa mère ne veut pas. Bayari i'heb i'aarrass, ou oumou ma habet'shi. 

Chiiiifaaa

Le frippier, le gars qui ramassait les vieux vêtements pour les recycler en chiffons ou vêtements d'occasion, passait dans les rues en criant bien fort d'une fois nassillarde et trainarde : chiiiffffaaaaan, pour que les gens se débarrassent de leur vieilles frippes. Il disait aussi "Robba vecchia" ("vieilles affaires" en italien).

Blambié

Une autre métier de rue. Le plombier passait avec sa petite cariole avec ses outils et proposait ses services en annonçant sa venue : blaaaammbiiiyéé (même voix nasillarde et traînante). 

Aiguiseur de couteaux

Lui aussi il passait en poussant sa cariole avec la roue en pierre qui sert à affûter les couteaux de cuisine. Mais je me souviens plus de ce qu'il criait.

Le laitier

Le paysan passait avec sa citerne posée sur une charrette tirée par une mule. On remplissait alors le pot en fer blanc de 5L. Fallait ensuite le bouillir. Ce petit métier de rue a vite disparu avec l'apparition du lait longue conservation vendue en brick chez l'épicier. 

Le maraîcher 

passait également avec ses tomates, concombres, etc, posées sur la charrette sans bords tirée par un bourriquot. Les quartiers aisés étaient des aubaines pour ces vendeurs ambulants. 

Les Vaches. 

Au début des années 70 on voyait encore des jeunes paysans pieds-nus pousser devant eux quelques vaches, en pleine ville comme ça, dans les rues des quartiers résidentiels. C'est fini cette époque. 

Djebel Ahmar. 

La montagne rouge. C'était un quartier très pauvre situé derrière le Belvédère. Il avait très mauvaise réputation, avec des gangs de gamins de rue. Une fois je suis rentré à vélo du quartier du Bardo et au lieu de me rendre chez moi à Mutuelleville, j'ai fait un crochet chez un copain près de la place Pasteur. Mes parents ne me voyant pas rentrer étaient morts d'inquiétude car ils savaient que je devais passer à la lisière de Djebel Ahmar. Ils imaginaient déjà qu'on m'avait volé le vélo, détroussé et laissé sur le bas côté en slip, roué de coups. Il paraît que c'est un quartier bien maintenant, trop près du centre-ville pour le laisser aux pauvres...

Ramadan à la Marsa. 

Les nuits du Ramadan, quand ça tombe en été, c'est le jaw. La super bonne ambiance, la fête. ça se passe dans la rue. Surtout sur les villes de la côte, comme la Marsa ou La Goulette. Une fois, des copains et moi, on a prétexté aller voir une pièce de théâtre du lycée pour en fait s'échapper en mobylette à la Marsa pour flâner avec les autres badauds. 

Mob sans casque. 

En Tunisie on est moins à cheval avec la sécurité. C'est une très mauvaise chose, les statistiques d'accidents de la route mortels sont catastrophiques. Mais qu'est-ce que vous voulez, c'est l'insouciance des pays du sud, le fatalisme, c'est Dieu qui décide. Toujours est-il que la fois où on s'est barré à la Marsa au lieu d'aller voir la pièce de théâtre, je conduisais la mob de mon pote Hamadi Lassoued, avec lui à l'arrière, et nous n'avions pas de casque. Sur le trajet deux autres mob se joignent à nous, sur l'une d'entre elles deux gars comme nous sans casque, et sur la troisième, le mec a son casque. Mais à la bifurcation de la nationale 20 (tout droit la Marsa et à droite Carthage), il y avait toujours les flics. Et donc juste avant d'y arriver, le gars sans casque de l'autre mob nous lance en français (j'avais les cheveux lisses et longs, c'est pas un look tunisien) : "Laissez le passer devant avec son casque, il y a la police un peu plus loin". Comme prévu le gars au casque passe devant et nous juste derrière. Les flics n'ont rien dit. Voilà comment ça se passait à l'époque. ça rigole moins maintenant.

La Manouba 

C'est une ville de la banlieue de Tunis. C'est là que se trouve le grand hôpital psychiatrique. "Tu viens de la Manouba?" signifie donc "Tu es fou ?" et "on va te mettre à la Manouba" veut dire "Arrête de déconner". La "Manouba" de Paris, c'est l'hôpital Sainte-Anne.

Réparateurs de vélo et mobylettes. 

Beaucoup de garages des maisons en Tunisie étaient transformés en atelier de réparation de vélo et de mob. J'ai l'impression que tous les gars qui étaient un minimum bricoleur se lançaient leur atelier de réparation à défaut de trouver un autre boulot. Pour faire réparer un pneu crevé, ça allait encore mais une fois j'avais carrément tordu la fourche de mon vélo (après une acrobatie à la "Jackass"). Moi et un pote on était descendu à 50 km/h l'avenue du docteur-Calmette (vous savez ? La rue qui descend du Lycée vers l'av. Charles-Nicole) moi assis sur le guidon et lui sur la selle, et comme un con j'ai actionné le frein avant. Comme j'ai eu honte de mon accident stupide j'ai laissé mon vélo chez un de ces réparateurs improvisés sans en piper mot à mes parents. Le gars m'a saloppé le travail comme vous pouvez pas imaginer. Le vélo était inutilisable. Après m'avoir passé un savon mon père a finalement fait réparer le vélo chez un vrai réparateur.

Sfax 

C'est la deuxième ville de Tunisie et c'est la ville industrielle par excellence. La plupart des ouvriers des usines se rendent au travail sur leur mobylette Peugeot. Si bien que dans les rues de Sfax on voyait des dizaines de mob arrêtées au feu rouge, avec une ou deux malheureuses voitures isolées au milieu. 

La Mobylette

La Mobylette Pigeot est un moyen de locomotion très usité en Tunisie. Il y a toutes les versions : les jeunes à deux sur la mob en train de zigzaguer entre les bagnoles, l'ouvrier en bleu de travail avec les sacoches accrochées à l'arrière, le vieux en djellaba, chapeau de paille et babouches, avec le couffin accroché au guidon qui va faire ses courses, la jeune fille moderne, le policier municipal avec une mob plus neuve que les autres, le facteur, etc. etc. 

bourriquots.

A la campagne, on voyait souvent ces pauvres brel (bourriquot) avec des fagots de bois deux fois plus haut qu'eux. Ou des charges apparemment lourdes. Et parfois un mec dessus, sur la croupe pour pas lui casser le dos à la pauvre bête. Des fois quand le gars était grand et le bourriquot un peu plus petit que la moyenne, les pieds du mec traînaient quasiment parterre.  

Dans les bus, 

il y avait une plaque d'habillage en fer vissée au dessus de la porte du milieu. Derrière cette plaque il y avait les fils électriques entre autres. Presque toujours la plaque était encore fixée en haut mais dévissée en bas. Les gens ouvraient et refermaient la plaque en tapant et ça faisait un grand bruit. C'était le signal donné au conducteur pour qu'il s'arrête au prochain arrêt. 

Dans les bus,

on montait à l'arrière pour descendre ensuite au milieu ou à l'avant. Exactement le contraire des bus à Paris. A l'arrière se tenait sur son siège spécial le receveur qui encaissait l'argent (il n'y avait de tickets à l'époque). Normalement on devait passer devant lui pour se diriger vers l'avant du bus. Mais les jeunes hommes le plus souvent aimaient rester au fond du bus. Si bien que le receveur devait inviter les voyageurs à venir payer. Pour ne pas payer il fallait donc avoir l'air décontracté et regarder le receveur dans les yeux et surtout ne pas donner l'impression d'être gêné en regardant par la fenêtre. On entendait alors des discussions du genre "toi là-bas je t'ai repéré, viens payer". "Moi ? Mais Monsieur je vous ai déjà payé". "eh ho on me la fait pas je vous ai à l'œil". "Non vous devez confondre", etc.

Les taxis 

Les Taxis, en 1972 c'était tous des Renault 4 Chevaux. ça m'avait surpris à l'époque car ces voitures sont vraiment petites pour des taxis. On voyait alors des grosses mamies tunisiennes obligées à faire des contorsions pour entrer dans le taxi. Une fois sur deux le sifsari restait coincé dans la portière. 

l'hymne national tunisien

A la fin des deux premières mesures de l'hymne national tunisien il y a un grand coup de cymbales isolé. Lors des rencontres sportives internationales avec l'équipe tunisienne, notamment matches de foot, tout le public fait "Pshiiiii" en même temps que le coup de cymbale. Et un grand bruit retentit dans tout le stade. 

Dans les cafés au ramadan

Pendant le mois de Ramadan il n'est pas bien vu de consommer sur les terrasses des cafés. D'ailleurs la plupart des cafés rentrent leurs chaises pendant la journée. Alors on voit au fond des cafés, dans l'obscurité quelques "mécréants" siroter un peu en cachette leur café ou leur bière. 

Fumer aux toilettes

Quand le mois de Ramadan approchait mon père, directeur alors de la succursale de l'Arab Bank de la rue Al Jazira, disait : "c'est bientôt Ramadan, ça va être irrespirable aux toilettes au bureau". En effet, pendant le jeûne du Ramadan, on n'est pas censé fumer. Si bien que ceux qui ne respectent pas cet interdit ont trop honte de fumer devant les autres ( à l'époque on fumait dans les bureaux) et vont aux toilettes griller leur clop. 

L'islam à la tunisienne

Beaucoup de Tunisiens sont musulmans pendant un mois de l'année, le mois de Ramadan. Le reste de l'année ils boivent de l'alcool et ne vont pas à la mosquée. La fin du Ramadan est d'ailleurs une bonne occasion d'arroser. Dans les grandes surfaces je me souviens des caddies remplis de bière de de vin à la fin du ramadan.

Dans les bus de Tunis, 

qui étaient toujours bondés, il y avait surtout des mecs. Si bien que les quelques Tunisiennes qui s'y aventuraient n'y allaient pas avec le dos de la cuillère pour se prémunir des tripotages : elles donnaient des coups de coude d'emblée sans même donner une chance aux gars de se montrer sages.  

 

Allah Allah ya Baba, Sidi Mansour ya Baba.

   Allah Allah ya Baba, Sidi Mansour ya Baba.

     Sidi Mansour ya Baba.