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par
Agnès
Trop de préjugés à l’encontre de ce que ses détracteurs
qualifient de « genre mineur ». Heureusement, la bibliothèque départementale
de prêt d’Avrillé dans le Maine et Loire/Anjou (tél : 41 42 40 63) a réalisé
une analyse de la place de la littérature sentimentale… tellement intéressante
que je me permets de vous proposer le résumé suivant !
Et pour les aficionados, une petite sélection d'auteurs et
de titres : Sélection sentimentale...
- Diffusion
de la littérature sentimentale
-
Sur le plan de la forme : une structure linguistique
simple mais solide : la phrase du roman Harlequin comprend en moyenne 13
mots (certes Flaubert ou Yourcenar 22
mots, mais Simenon : 12,5)
-
Sur le plan du thème : simpliste, il faut le reconnaître :
une quête amoureuse jalonnée d’obstacles, traitée de manière schématisée,
répétitive et moralisatrice..
-
Origine : ne pas manquer de faire le lien avec
l’entrée de la femme et de l’amour en littérature à partir du 12e
siècle : Dante fut le premier à considérer que la femme était digne de
figurer comme sujet de poésie (« Dames en qui demeure esprit d’amour »).
Vulgarisation grâce au développement
de l’alphabétisation au 19e s. et à l’école obligatoire de
Jules Ferry (1881). - Début du 20e s. :
naissance des romans feuilletons, puis vers les années ’30, popularité des
auteurs de romans sentimentaux tels que Delly, Max du Veuzit, Berthe Bernage,
Magali, et plus tard Barbara Cartland. Entre-temps (1947) : naissance du
roman photo, qui après 1977 sera supplanté dans les pratiques de consommation
(le mot est lâché) par le roman sentimental et les séries TV telles que
Dallas, Les feux de l’amour…
-
Tirage : 6 % de l’édition globale et 18,5 % de l’édition
de poche en France (1985). Au 1er rang : Harlequin avec une
politique assez particulière : de nouvelles parutions chaque mois, les
invendus sont renvoyés à l’éditeur à une date limite de vente et
s’apparentent ainsi à des denrées périssables !
-
Contenu
du roman sentimental
·
Personnages : stéréotypés.
Ä
Il y a l’héroïne : féminine, belle, généreuse, entièrement dévouée
aux autres.
Ä
L’homme est grand, musclé, le regard glacial : il émane de lui un
charme puissant… Viril, intelligent, doté d’un sens de l’humour. Il est
toujours supérieur à la femme quant à l’âge, l’instruction, la position
sociale.
Ä
La rivale : égoïste, vaniteuse, avide…
Ä
Le faux-homme (comparé au vrai homme qu’est le héros) : tout de
gentillesse, ne peut être qu’un ami et non un amant.
·
L’histoire : Une sympathique héroïne au charme non
encore révélé, rencontre un homme mystérieux, cynique et dur mais à la
tendresse enfouie.. Un long et éprouvant parcours initiatique séparera
l’instant de leur rencontre (coup de foudre immédiat) et le happy end…
·
La morale :
Ä
Une psychologie de la soumission : 5 phases dans le comportement de
la femme : sa rebellions, sa fuite, son dressage, sa lutte contre sa
raison, et sa reddition finale
Ä
Le triomphe de la féminité : l’héroïne est immature, ignorante
des choses de la vie. Son parcours la rend émancipée, elle découvre sa féminité.
Ä
la connaissance charnelle : En général, la sexualité n’est que
suggérée sauf dans des collections plus récentes. Chez Harlequin , le dérèglement
cardiaque est une des 1ères manifestations de l’émoi sexuel. Un regard,
contact de la main créent le choc, le courant électrique, le frisson,.. Le
roman renoue avec le mythe de la jeune vierge et de son initiation.
Ä
une sociologie de l’oisiveté : « tandis que la prédisposition
naturelle de l’homme est d’exercer une fonction intéressante qui le met en
valeur et lui donne un poids social, celle de la femme est de rester à la
maison pour élever les enfants, fruits de son aventure personnelle :
l’amour…"
-
Les
lecteurs du roman sentimental
·
Profil : majoritairement d’origine populaire mais
30% ont suivi des études supérieures et 20 % sont des hommes (notamment dans
les villes de garnison). La moitié des lectrices a moins de 35 ans.
Ä
Cette forme de littérature relève de la culture de masse dont une des thématiques
essentielles est le bonheur. Dans le roman rose, le bonheur se confond avec
l’idée de permanence et de fidélité du couple : cela traduit en réalité
le triomphe de la femme car c’est l’homme qui sacrifie son ancienne
conception de la vie (jouissance et aventures éphémères…) même si la femme
oublie sa vie sociale et renonce à toute velléité de pouvoir. On ne meurt pas
par amour dans le roman sentimental à la différence des grands romans
d’amour (La princesse de Clèves de Mme de La Fayette, Corinne
de Mme de Staël)
Ä
Derrière le conformisme, les invraisemblances et les stéréotypes de la littérature
sentimentale, se profile une représentation des rapports amoureux moins éloignée
qu’on ne le croit de la réalité. Les sondages dans les magazine féminins
confirment ainsi que chez les femmes, la tendresse prime sur l’acte sexuel...
Ä
Le bonheur éternisé : dans le roman rose, l’expérience amoureuse en
reste à ses prémices : les vicissitudes de la vie de couple, le poids des
habitudes, la tentation du rapport adultère ne sont jamais évoqués.
-
Les
bibliothèques et la littérature sentimentale
Aucun genre
littéraire ne devrait être exclu des bibliothèques, contrairement à ceux qui
pensent que la littérature sentimentale est un facteur d’aliénation
culturelle incitant le lecteur à fuir la réalité pour se complaire dans des
chimères peu propices à l’enrichissement spirituel et à un développement
de l’esprit critique..
En réalité,
tout lecteur fait un pacte éphémère avec l’auteur de son roman. Le lecteur
ne change de peau que provisoirement, le temps de lire. Leur attitude relève de
la « consommation nonchalante »..
J’espère avoir convaincu les
irréductibles de laisser une chance à ce genre littéraire… et maintenant
jetez-vous sur une sélection de mes auteurs préférés ! Sélection
sentimentale...
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