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Quelques ouvrages commentés d'Annie
Ernaux...
par Agnès
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La femme gelée (1981) :
"Elle a 30 ans, elle est professeur, mariée à un "cadre",
mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. pourtant, c'est
une femme gelée. C'est-à-dire que, comme des milliers d'autres femmes, elle
a senti l'élan, la curiosité, toute une force heureuse présente en elle se
figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des
enfants, son travail d'enseignante. tout ce que l'on dit être la condition
"normale" d'une femme" (résumé de la jaquette). Un extrait
choisi : "Organiser, le beau verbe à l'usage des femmes, tous les
magazines regorgent de conseils , gagnez du temps, faîtes-ci et ça,... des
trucs en réalité pour se farcir le plus de boulot possible en un minimum de
temps sans douleur ni déprime parce que ça gênerait les autres autour. Moi
aussi j'y ai cru au pense-bête des courses, aux réserves dans le placard, le
lapin congelé pour les visiteurs impromptus, la bouteille de vinaigrette
toute préparée, les bols en position dès le soir pour le petit déjeuner du
lendemain. Un système qui dévore le présent sans arrêt, on ne finit pas de
s'avancer mais on ne voit jamais le bout de rien".
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La place
(1983) :
La mort du père un an après sa retraite de patron d'épicerie/café. Un
homme simple, sans ambition, sans conversation, sans goût ni culture. Il
lisait le journal du coin et mangeait toujours avec le même canif qu'il
essuyait sur sa salopette.
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Les armoires vides (1974) :
L'histoire de Denise Lesur, 20 ans, en fac de littérature et enceinte.
Elle se fait avorter et fait un pied de nez à ses parents "ma fille elle
court pas les garçons, toujours dans ses livres, elle sera institutrice ou
secrétaire". Des parents encore simples, trop simples, la classe
populaire sans réflexion, sans propreté - on change pas d'assiette après la
soupe. Les vieux complètement souls du café qui reluquent la gamine
avec des regards lubriques. la mère lit "Intimité", le père
"Paris-Normandie". La fille commence parles romans eau de rose de
Delly puis découvre ( une révélation coup de canon) que la littérature,
c'est autre chose : Sartre, Hugo, etc. L'univers cracra et ras des
pâquerettes de ses parents la dégoûtent. Honte de dire qu'ils tiennent le
vulgaire café-épicerie de la rue Chotard, sale, miteux, pauvrement
achalandé. Elle se rattrape en étant la 1ère à l'école, brillante,
l'intelligence facile. Elle méprise de plus en plus ses parents, son milieu.
Elle les berne, à la fac : chambre dans la cité, cigarettes, sorties et
amour. L'argent du mois qui sert à payer l'avorteuse.
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Ce qu'ils
disent ou rien (1977) :
L'histoire d'Anne, 15 ans 1/2, fille d'ouvrier qui vit dans un petit
pavillon de banlieue. Les grandes vacances, l'ennui, l'adolescence, le
désoeuvrement, et petit à petit un regard de plus en plus cruel sur des
parents, sans éducation, sans conversation, de mauvais goût. La haine des
repas de famille, sa mère qui pousse la chansonnette en bavant de la sauce de
lapin sur son corsage. Alors, elle décide de se lancer dans la course au
garçon, pour découvrir enfin ce que c'est, changer d'air, de pensées et
damer le pion à ses parents (fais tes études, c'est tout). Matthieu,
un moniteur de colo. Elle se laisse faire. Et y retourne plusieurs fois parce
qu'une fois qu'on a commencé, il faut continuer. Pas pour le plaisir mais
parce qu'il le faut. Et puis elle essaie, juste par curiosité, avec un autre
mono et Matthieu la plaque. Alors, "l'enfant, devenue femme presque
malgré elle un après-midi du 15 août, se retrouve seule, stupéfaite et
dépouillée"
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Passion simple
(1992) : là, je commence à rester sur ma faim... Alors Annie, la routine te
guetterait-elle ?
"A partir du mois de septembre l'année dernière, je n'ai plus rien
fait d'autre qu'attendre un homme : qu'il me téléphone et qu'il vienne chez
moi". C'est toujours autobiographique, elle a la quarantaine, est prof à
Nanterre, je comprends qu'elle est divorcée et que ses deux fils sont
adultes. Elle a un amant étranger dont elle est passionnément éprise, pour
le sexe aussi, mais qui est muté dans un autre pays.
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Journal du
dehors :
De 1985 à 1992, Annie Ernaux a transcrit des scènes, des paroles, saisies
dans le RER, les hypermarchés, le centre commercial de la Ville nouvelle où
elle vit. Bien entendu, ça n'a ni queue ni tête mais ses remarques sont
comme toujours tellement criantes d'évidence et de vérité ..
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Se perdre (2000) :
Le journal de sa passion pour cet amant soviétique en
1988/89. J’ai eu beaucoup de peine à entrer dans le récit et failli à
maintes reprises renoncé à poursuivre la lecture mais la curiosité a
dominé. Jusqu’où Annie Ernaux va-t-elle aller dans ce cauchemar de
soumission (sexuelle), cette négation intellectuelle, ne va-t-elle pas se
ressaisir vers la fin ? Non. Tout est exprimé sans artifice, cru, dépouillé,
tout se répète inlassablement : l’attente, les jours qui passent et
qui ne font qu’égrener son agenda, son désespoir, son désintérêt du
monde extérieur (ou bien si elle commente les événements ou les gens qui
l’entourent, c’est toujours avec condescendance – ce que j’ai trouvé
vraiment irritant), les rendez-vous, la baise… 294 pages telles un disque
rayé. Tellement répétitif et lassant de par la forme et le contenu, cette
sorte de déchéance lucide.Trop nombriliste (mais c’est son journal après
tout), trop dégradant. J’en étais gênée pour elle : comment Annie
Ernaux a-t-elle pu plonger dans une telle soumission à une passion non réciproque
et l’écrire sans aucune pudeur, sans retenue. Je reconnais qu’en cela je
porte une certaine admiration à Madame Ernaux pour avoir le courage de rendre
publics tous ces détails pas forcément glorieux de sa vie intime. Mais le
lecteur dans tout cela : n’est-il pas en droit d’attendre autre chose
qu’une deuxième version d’un récit déjà publié quelques années plus
tôt ? Déjà, ce précédent recueil Passion simple, m’avait
laissée sur ma faim et je craignais de voir poindre un avant-goût de
production littéraire routinière chez Annie Ernaux. De fait, « Se
perdre » n’apporte rien en termes d’œuvre littéraire. Il ouvre la
porte à la publication des moindres brouillons, écrits de fonds de tiroir ou
pages intimes de personnalités diverses : une forme de fétichisme que
je conçois à la rigueur pour permettre de prolonger la production littéraire
et donc la connaissance d’une personnalité disparue. En revanche, je
n’en vois pas l’intérêt pour une personnalité encore en vie, qui en
outre a déjà rendu publique cette même histoire. On en vient forcément à
chercher le vrai motif derrière la publication de ce journal : considération
financière ? procédé curatif personnel pour l’auteur ? :
Annie Ernaux se fait du bien en
publiant « Se perdre », mais sans grande considération pour les
attentes du lecteur.
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